Partager l'article ! 1m05 d'horreur: La période de Noël est, bien plus que l'été, la période des enfants. Un peu comme un merc ...
La période de Noël est, bien plus que l'été, la période des enfants. Un peu comme un mercredi après-midi qui s'étendrait sur une quinzaine de jours. On parle de jouets partout, on compte les jours jusqu'à Noël en feuilletant les catalogues de la Grande Récré, bref: quand on est un gamin, Noël nous fait autant d'effet qu'un ecsta sur une plage d'Ibiza. Noël quand on est gamin, c'est génial, si on oublie une toute petite chose, si on oublie qu'on mesure 1m05. Parce que quand on mesure 1m05 pendant les périodes de Noël, on subit la vie plus que jamais. Caméra embarquée.
Quand on mesure 1m05, généralement, on vous traîne partout, comme un chien sur deux pattes. C'est là que l'enfer commence, on
vous fringue mal pour vous protéger du froid, et vous ne pouvez rien contre la menace ultime en période de Noël: "si tu fais du boudin, le Papa Noël ne viendra pas". Alors vous avalez rageusement
votre morve d'enfant, acceptez la honte de la doudoune Kiabi-habille-les petits, et vous suivez papa et maman.
Après une séance de limbo sous le tourniquet du métro trop haut pour vous, c'est parti pour l'aventure. A hauteur de braguette dans le métro, la vie a une saveur toute
particulière. Coincé entre un taille basse Diesel qui sent bon la parisienne et un baggy taille très basse qui sent mauvais le parisien, autant vous dire que ça sent Noël. Vous ne voyez pas les
stations défiler, jusqu'à ce que la main de papa vous tire violemment, Chaussée d'Antin - La Fayette, la station de l'enfer.
Après une séance d'escalade dans les escaliers du métro parisien (parce que papa juge que ça va plus vite que les escalators),
vous prenez de plein fouet le froid parisien boulevard Haussmann. A hauteur de pots d'échappement, Paris est vraiment une ville magique. Forcément, quand vous mesurez 1m05 Bd Haussmann, vous ne
comprenez pas grand chose à la life. Traîné à droite, à gauche, plus vite, ralentis, c'est pire qu'un flipper. Quand vous levez la tête vous ne voyez rien du tout, à part des parkas Moncler (nous
sommes Bd Haussmann, n'oublions pas).
A un moment, vous entendez une voix familière qui vous dit: "Regarde comme c'est joli! Les décorations dans les vitrines!".
Cependant vous ne voyez rien du tout, parce qu'un connard a foutu sa poussette juste devant vous, exprès pour vous bloquer la vue. Vous hurlez que vous ne voyez rien, et là deux mains vous
déchirent les bras, vous éclatent les épaules pour finalement vous lever de trente centimètres. Vous entendez papa: "TU VOIS MIEUX, LA!" et vous répondez en hurlant que oui, seulement pour qu'on
vous foute la paix en vous renvoyant à votre 1m05.
Généralement, à cet instant, vous commencez à pleurer. Ou plutôt: à pleurnicher. Forcément, à force de respirer de la
braguette et du gaz d'échappement, vous avez les yeux qui brûlent, la gorge qui pique, la connerie qui démange. Le monde qui vous entoure ne semble pas comprendre que quand on mesure 1m05, on
fait de petits pas et on a les genoux faibles. Vous vous essouflez rapidement, vous aimeriez vous frottez le visage, mais pas possible à cause de papa qui refuse de vous lâcher la main. Vous ne
pleurnichez plus: vous geignez.
Croyant vous faire plaisir, on vous emmène au dernier étage des Galeries La Fayette, toujours par les escaliers, toujours parce que papa
trouve que ça va plus vite que ces saloperies d'escalators. Là, à 1m05 du sol, la moitié des choses que vous aimeriez toucher sont hors de portée. Vous tendez alors les mains, sur la pointe des
pieds, et faites tomber une pile de boîtes Playmobil. Une connasse avec un badge sur lequel est inscrit "Joie de conseiller, plaisir de sourire" vous gueule dessus et vous menace, toujours à
coups de "Le Papa Noël ne passera pas pour toi". Voulant faire bonne figure, vos parents en rajoutent une couche.
Du coup, vous finissez la journée dans les étages maudits pour les enfants des Galeries: ceux des fringues pour papa et maman. Vous grimpez difficilement sur
tous les fauteuils que vous voyez, avec le stress permanent de perdre de vue un de vos géniteurs, qui semblent préférer passer leur temps dans les cabines d'essayage plutôt que de surveiller leur
moutard. Les secondes sont interminables, quand on mesure 1m05 au rayon Hommes/Femmes d'un grand magasin.
En rentrant enfin à la maison après la fermeture des magasins, vous faites méchamment la gueule. Et y'a de quoi: vous avez les pieds en compote parce que
maman avait trop serré vos Kickers, la main broyée par la virilité de papa, le cerveau embrumé des vapeurs de braguettes encore respirées lors du trajet retour. Vous prenez sur vous pour retenir
une larme de désespoir, parce que c'est certain, si après une belle journée de promenade dans Paris on vous prend à gémir, c'est certain, le Papa Noël ne viendra pas pour vous. Life is Hell,
quand on mesure 1m05.