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Souvent, on pense tout connaître et tout maîtriser. Surtout ce qui nous entoure immédiatement: on est
persuadé de connaître chaque recoin de notre appartement (ou de notre maison, si on a épousé un bon parti),
chaque recoin de notre quartier, puis chaque recoin de notre ville, etc etc. C'est peut-être pour ça qu'on se perd finalement, parce qu'on est tellement persuadé de tout connaître que finalement,
on préférerait se perdre habillé en vert fluo un samedi soir en plein Harlem plutôt que de demander simplement son chemin. C'est un peu pareil avec les gens: on a un ami, les amis de mes amis
sont mes amis, les amis des amis de mes amis sont mes amis. C'est exponentiel.
Dans mon immeuble, par exemple, il n'y a que 10 appartements. Il serait donc facile
de vérifier si je connais bien mes voisins. Après tout, je connais leurs horaires de départ au boulot, quand ils sortent (et à combien), je sais ce qu'ils mangent le dimanche midi, combien ils
ont d'enfants et pire que tout: je connais hélas la fréquence des rapports sexuels du voisin du dessus.
On repense forcément à "Fenêtre sur cour" d'Hitchcock, ou plus récemment à "Paranoiak" (avec
le fils d'Indiana Jones). Je décide moi-même de mener mon enquête: mais qui est donc cet homme qui ne sort jamais et qui nettoie son paillasson? Existe-t-il vraiment? A-t-il des passions
nocturnes honteuses? Y'a t-il un passage secret reliant son appartement à celui du voisin du dessus?
Heureusement, c'est hier soir que mon enquête a enfin pu avancer, lorsque l'oeil rivé au travers de ma porte, j'ai pu prendre à la sauvette ce cliché. Au début, j'ai
pensé qu'il rendait visite au voisin du dessus (ce qui aurait expliqué beaucoup de choses), mais il n'est pas monté à l'étage, et est entré vous savez où: au n°3. "Diable! me dis-je, le
mystérieux voisin aurait-il des occupations nocturnes inavouables avec des hommes en collants?" Moi qui n'avais jamais entendu le moindre bruit s'échapper du n°3, je n'en fus que plus surpris.
Alléché par ce que les paparazzis appellent "Un putain de scoop", je restais derrière ma porte, attendant qu'elle s'ouvre pour m'envoyer sa réalité en pleine gueule. Elle s'ouvre enfin, ma
curiosité va être récompensée...
Quand on pense tout connaître, donc, on est d'autant plus abasourdi quand
la vérité éclate pour de vrai. Comme un bouquet d'orties fouettant un visage d'enfant naïf.