Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 17:37
      Souvent, on pense  tout connaître et tout maîtriser. Surtout ce qui nous entoure immédiatement: on est persuadé de connaître chaque recoin de notre appartement (ou de notre maison, si on a épousé un bon parti), chaque recoin de notre quartier, puis chaque recoin de notre ville, etc etc. C'est peut-être pour ça qu'on se perd finalement, parce qu'on est tellement persuadé de tout connaître que finalement, on préférerait se perdre habillé en vert fluo un samedi soir en plein Harlem plutôt que de demander simplement son chemin. C'est un peu pareil avec les gens: on a un ami, les amis de mes amis sont mes amis, les amis des amis de mes amis sont mes amis. C'est exponentiel.


Dans mon immeuble, par exemple, il n'y a que 10 appartements. Il serait donc facile de vérifier si je connais bien mes voisins. Après tout, je connais leurs horaires de départ au boulot, quand ils sortent (et à combien), je sais ce qu'ils mangent le dimanche midi, combien ils ont d'enfants et pire que tout: je connais hélas la fréquence des rapports sexuels du voisin du dessus.
Je me dis qu'en fait, c'est pas si mal d'habiter un immeuble, parce que cela me permet
parfois de vivre  par procuration les soirs de Multiplex Foot sur Canal +, le nouvel an chinois, les déménagements... Sans parler du voisin du dessus. Mais en y réfléchissant, ce matin au réveil, je me suis rendu compte que dans mon immeuble, il y avait en réalité un intrus, un homme seul, un voisin sur lequel je ne pouvais pas compter pour occuper mes longues soirées de solitude en peignoir.



C'est ici qu'il vit. Derrière cette porte du fond du couloir.
En y réfléchissant bien, sur une semaine, on est censé croiser un voisin au moins quatre fois: le lundi matin parce qu'on part bosser pour être à l'heure, le mercredi de foot à la télé vers 20h30 en allant chercher une pizza, le vendredi soir quand il vient taper chez vous pour se plaindre de la musique trop forte, et le dimanche soir au local à poubelles (les éboueurs passent le lundi matin).
Seulement le bonhomme du n°3, on ne le voit jamais. Pourtant il est bien là. On ne voit peut-être pas bien, mais son petit paillasson étoilé d'un goût douteux est lavé toutes les semaines: pourquoi laver son paillasson alors que personne ne nous rend jamais visite? me dis-je.


On repense forcément à "Fenêtre sur cour" d'Hitchcock, ou plus récemment à "Paranoiak" (avec le fils d'Indiana Jones). Je décide moi-même de mener mon enquête: mais qui est donc cet homme qui ne sort jamais et qui nettoie son paillasson? Existe-t-il vraiment? A-t-il des passions nocturnes honteuses? Y'a t-il un passage secret reliant son appartement à celui du voisin du dessus?
A se poser trop de questions, on en arrive à trouver beaucoup trop de réponses. On passe alors tout son temps libre derrière l'oeil de boeuf de la porte, essayant d'être attentif au moindre bruit, au moindre mouvement dans le couloir.
C'est comme ça qu'on devient fou.



Heureusement, c'est hier soir que mon enquête a enfin pu avancer, lorsque l'oeil rivé au travers de ma porte, j'ai pu prendre à la sauvette ce cliché. Au début, j'ai pensé qu'il rendait visite au voisin du dessus (ce qui aurait expliqué beaucoup de choses), mais il n'est pas monté à l'étage, et est entré vous savez où: au n°3. "Diable! me dis-je, le mystérieux voisin aurait-il des occupations nocturnes inavouables avec des hommes en collants?" Moi qui n'avais jamais entendu le moindre bruit s'échapper du n°3, je n'en fus que plus surpris. Alléché par ce que les paparazzis appellent "Un putain de scoop", je restais derrière ma porte, attendant qu'elle s'ouvre pour m'envoyer sa réalité en pleine gueule. Elle s'ouvre enfin, ma curiosité va être récompensée...


Quand on pense tout connaître, donc, on est d'autant plus abasourdi quand la vérité éclate pour de vrai. Comme un bouquet d'orties fouettant un visage d'enfant naïf.
Moi qui pensais avoir découvert une secte d'hommes jouant à Twister
en collants dans mon immeuble, quel ne fut pas mon désarroi. Car oui, comme vous l'imaginez bien, mon voisin fait du vélo. Mais pas du VTT en montagne ou du cross en collines, Oula non! du vrai vélo de ville, qui nécessite casque, lunettes de soleil blanches (ça non plus, je ne comprends pas), juste au corps, et bien entendu: collants assortis.
En y réfléchissant bien, c'est vrai que dans chaque immeuble, au moins un voisin fait du vélo, j'aurais du faire le rapprochement. Et puis c 'est vrai que quand on fait du vélo, on aime bien que des gens mi-nus, mi-bourrés nous courrent après pour nous faire avancer plus vite.


L'ultime question qui se pose alors, "Pourquoi faire du vélo la nuit?" ne trouve donc plus aucun sens après tout, du moment que sa passion ne me dérange pas. C'est pas comme avec le voisin du dessus...


Par Nico - Publié dans : Aventures low-cost
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