Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 16:10
       Mercredi, comme il faisait beau, chaud et que je n'avais rien à faire, j'ai décidé d'aller en ville m'adonner aux plaisirs coupables du lèche-vitrine. C'est sympa, parfois, d'aller dans les rues et de flâner de galerie en galerie, à la recherche du truc qui tue que personne n'a. A la manière d'une Eva Longoria ou d'une Victoria Beckham (mais sans fond de teint), j'ai décidé à mon tour de Faire la mode, d'incarner un nouvel esprit de ce que les américaines adorent appeler "La French Touch".
Hier, j'ai décidé de franchir le seuil de l'éclate totale: m'acheter un vieux.



Cette idée de génie m'est venue en repensant à ce qui faisait plus ou moins la mode depuis presque deux ans maintenant: la mode du vintage. Le vintage, c'est mettre les vieilles fringues des autres. Je me dis qu'en tant que français, toujours entre la provocation et le bon goût, je dépasserai tout ça en m'achetant un petit vieux, symbole total de l'ultra-vintage. Sauf que voilà, tout comme avec une paire de chaussures ou un sac à main, le plus dur c'est de choisir. Il faut essayer, étudier, évaluer, pour surtout surtout ne pas se laisser avoir par une "opération coup de coeur".


J'allais donc dans les rues, à la recherche de la perle rare, du vieux vintage parfait, se portant aussi bien en été qu'en hiver, en gala aussi bien qu'au PMU du coin. Et d'un seul coup, je le vis, le vieux parfait, celui qui me correspondait le mieux, de par sa couleur, sa texture et sa taille. Je me sentais comme l'homme ayant découvert la première bière, comme la femme ayant découvert le premier fer à repasser: un sentiment de joie mêlé de fierté.


Gédéon a 82 ans, c'est-à-dire un vrai vieux, un vieux expérimenté modèle campagne.
 Ce qui est bien avec Gédéon, c'est qu'il s'occupe d'un rien: tenez, rien que ce matin, il a passé vingt minutes l'air coi dans la cuisine: "Mais qu'est-ce ce c'est ce truc tout blanc? Boudu c'est chaud!". Gédéon avait découvert ma bouilloire électrique. Ce que signifie cette anecdote, c'est que paradoxalement, plus on devient vieux, plus on retrouve ses yeux d'enfant, émerveillé de tout, plissant les yeux au soleil, se laissant aller à quelques fuites urinaires sous l'effet d'une joie trop intense.


Mais Gédéon, malgré ses yeux d'enfants retrouvés, a aussi un côté pratique non négligeable: comme il est levé tôt, il peut alors en profiter pour rattraper le retard de vaisselle, le retard de ménage, le retard de choses chiantes à faire (la Poste, la banque, les courses) accumulés depuis quelques temps. Il s'occupe de tout quoi, mon Gédéon. Problème: son autonomie. A 18h30, fatigué d'avoir suivi avec passion le "4 à la suite" de Questions pour un champion, Gédéon s'assoupit, lâchant un petit pet de vieux aussi toxique qu'une chiasse d'enfant. Seule l'odeur de la bonne soupe de légumes le réveille.
Décidément, on rajeunit en vieillissant.


Quand je me promène en ville avec Gédéon, j'ai le sentiment d'avoir trop la classe. D'avoir accompli la mission ambitieuse que je m'étais fixée: être devenu encore plus cool que Fonzy. Les gens se retournent sur nous, les yeux gorgés d'envie et d'admiration. J'entends dire derrière nous: "Quel beau vieux il a, trop la classe". Avec les filles, c'est complétement top: "Ohhhh, qu'il est mignon, je peux le caresser un peu?". 



Bon, le problème là avec Gédéon, c'est que dès qu'il marche plus d'une demi-heure sans s'arrêter regarder l'eau d'une fontaine, il n'en peut plus, bougonne, et veut rentrer à l'appart' pour se faire couler un bon bain. Gédéon geint.
J'vous jure, un vrai gamin capricieux.




     Je dois bien avouer que parfois, il me tape un peu sur les nerfs, le Gédéon. Il nécessite tout de même énormément d'attention. Tous les soirs, avant de le coucher et de le mettre en pyjama, il faut s'assurer que son dentier est bien propre pour le lendemain, ou encore vérifier qu'il a bien mis sa couche-confiance à la poubelle et non pas dans le frigo (au début, je pensais que c'était une blague qu'il me faisait, mais en fait non). Parfois, lorsqu'il s'endort inquiet à cause d'une contrariété de la journée ("Oui, Gédéon, De Gaulle est mort..."), il exige que je lui raconte une belle histoire de Résistance et d'américaines en jupe longue (on a un point commun avec Gédéon, on kiffe les américaines).


 Tout ça, c'est bien gentil, mais ça m'empêche de poursuivre ma vie de jeune français dynamique. Comme il dort dans le salon (la veilleuse de la télé le rassure), impossible de me lancer dans mes rushes de Guitar Hero, impossible de regarder des films de peur (les zombies lui rappellent douloureusement de vieux potes), impossible de sortir dans les bars (il s'inquiète, et c'est pas bon pour son coeur), et pire encore: impossible de ramener des filles à l'appart' (parce qu'il ne peut pas s'empêcher de faire son intéressant).


Conclusion:

1) Je ne suis encore pas prêt pour l'ultra-vintage
 2) Je ne suis pas encore prêt pour avoir des gosses



Par Nico - Publié dans : Les Aventures de Gédéon
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Commentaires

"comme la femme ayant découvert le premier fer à repasser: un sentiment de joie mêlé de fierté." => redis si tu l'oses....
Commentaire n°1 posté par Alice le 29/05/2009 à 18h41

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