Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /Juin /2009 19:35

      Une fin d'année est une fin de cycle. Des pages se tournent et se retournent, des chapitres se clôturent et s'ouvrent, des bières se vident puis se remplissent. Pour certaines personnes (les filles, surtout), une fin de cycle correspond à un changement de look. On veut en finir avec la personne qu'on était avant, et puis c'est rassurant de se dire qu'on peut être quelqu'un d'autre.
Cela dit, je ne suis pas super emballé par l'idée de changer de look. Je me dis que la mode des fringues moulantes genre métrosexuel mettrait un peu trop en valeur la bedaine naissante que j'ai tant de mal à entretenir. Exit le changement physique, il me faut autre chose.
Expérience.



Finalement, le changement de look n'est ni plus ni moins qu'un changement superficiel.
Slip ou caleçon, finalement, quelle importance? Non, un vrai changement consisterait à un vrai déracinement. Un peu comme si on mettait un cocotier en Antarctique, ou Stallone dans un film de Max Pécas.
Cet été donc, je change d'apartement, je change de département, je change de ville. Je déménage, quoi.



      Comme dans toutes les mutations, on éprouve toujours beaucoup de douleur. Un peu comme Bruce Banner hurlant quand il se transforme en Hulk.
La douleur d'un déménagement est avant tout une douleur psychologique, sentimentale. On range un à un nos dvds, nos cds, nos livres, enfin toute cette montagne de trucs qu'on amasse au cours d'une vie. On constate avec tristesse que toute notre vie tient dans un malheureux carton piqué à l'arrière d'un Lidl. On retrouve toutes ces petites babioles inutiles mais tellement chargées d'ineffables émotions: généralement, on leur consacre un carton à part, le carton "Divers".



      Dans un second temps, le déménagement est aussi une douleur physique.
Finalement, on se dit qu'on aurait du prendre plus de cartons. On prend conscience de notre bêtise en constatant (trop tard) que chaque carton de bouquins, de dvds, de cds pèse 89 kg. On se dit qu'en fait, faire quatre cartons de 20 kg aurait été plus judicieux. 
Quand on habite dans un immeuble à étages, on s'aperçoit aussi qu'il y a plus dur que de monter les escaliers tout bourré tout content à 6h du matin: les descendre avec la gueule de bois et chargé comme une mule à 8h. Tant qu'à être dans la souffrance...



     Une fois la voiture chargée et le lit attelé à l'arrache sur le toit, on fait vraiment face au déchirement. Comme un signe de la vie, qui veut vraiment nous faire comprendre l'ampleur du changement, on fait du 80 km/h sur l'autoroute du retour. Bon, si on roule si lentement, c'est parce que d'une main on retient le matelas sur le toit, qui à peine le péage passé présente quelques approximations quant à sa fixation. Mais en fait, on roule lentement pour nous laisser le temps d'apprécier une dernière fois le paysage.
Si les pélerins étaient en scooters, ce serait beaucoup moins puissant, glamour et chargé d'émotions.



Je ne crois pas à la théorie de l'Adieu. Personne ne quitte jamais personne ni quelque chose. Donc, pour me montrer que j'ai raison, je vais continuer à habiter mon appartement vide pendant quelques jours, sans bouquins, sans dvds, sans cds, sans lit, sans ventilateur.
 On verra bien qui c'est qui fait l'malin.
Avec un peu de chance, j'arriverais à le maudire, ce qui rendra mon départ moins douloureux.





Par Nico - Publié dans : Le blog qui dit tout sur rien
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