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Parfois, l'Homme du monde se doit de se tenir à l'écart de la civilisation. Quelques fois par an, l'Homme du monde se doit de prendre le recul nécessaire pour
pouvoir garder la tête froide et le slip chaud. Alors, il laisse de côté son portable, ses Nike Air et son tire-bouchon/lampe-torche pour renouer avec sa créatrice, la bien-nommée Dame
Nature. Expérience inédite.
Alors, depuis dix jours, en pur Rousseauiste, j'ai décidé de moi-même
suivre le chemin de l'écologie à développement durable, en me replongeant à l'état de nature. Finalement, mises à part certaines pubs pour Herta ou Thalassa, on laisse de moins en moins
s'exprimer notre animalité. Mon baluchon en peau de caniche sur l'épaule, je pars en sifflotant, "les poings dans mes poches crevées", rêvant de surfer sur les baleines et de faire l'amour aux
hyènes sauvages peuplant les collines arides et escarpées des Corbières.
Se remettre en adéquation avec la Nature suggère des sacrifices
plus ou moins douloureux. Ce n'est que sur le long chemin que je commençais à parcourir que j'en pris conscience. A cet instant, ma notion du relativisme prit un gros coup dans les gencives et ma
motivation un gros coup dans les baloches. Ayant sciemment laissé mon lecteur mp3 chez moi, j'entonnais mes chansons à hurler préférées pour me tenir compagnie. Chanter, ça donne soif, et comme
j'avais aussi laissé ma gourde Simpsons à l'appart' (technologie de merde!), j'ai du m'éloigner de la bordure de l'autoroute A9 pour trouver un petit ruisselet auquel m'abreuvoir.
Comme je n'ai jamais eu un sens de l'orientation très développé (à cause de problèmes d'oreille
interne) je me suis évidemment perdu. Tentant désespérément de survivre par mes propres moyens, je réussis à bâtir une cabane de fortune en branches de cyprés près de la source d'eau que j'avais
trouvée par hasard. Je pensais que le plus dur était alors fait.
Il ne me restait qu'à méditer sagement sur ma condition d'homme néo-sauvage, chantant pour passer le temps, et lapant de grandes gorgées d'eau de source. Le probème se posa quand la faim pointa
le bout de son nez qui coule. Saviez-vous que les petites boules des cyprés ne sont pas commestibles, qu'elles provoquent d'horribles diarrhées poussant à l'évanouissement?
Je tombais donc dans ce qui me
semblait être un coma. Un coma pire que tous les comas éthyliques que j'avais pu rencontrés. Dans mon inconscience, je revoyais passer sous mes yeux ma vie d'Homme du monde polluant, jetant sans
scrupule mes emballages de Nuts par la fenêtre de la voiture, et jouant à balancer le plus loin possible une cannette de Kro au bord de la mer. Je voyais au-dessus de mon âme maudite planer le
fantôme de Jean-Jacques Rousseau, nu et vindicateur, me blâmant de symboliser le devenir d'une société de consommation méprisant la Nature qui l'avait crée.
Je fus réveillé par une odeur d'urine coulant sur mon visage. En ouvrant les yeux, je vis quelqu'un.
Enervé et humilié, je tentais de balbutier quelques cris. En vain. Sans dire un mot, l'homme me prit sur ses épaules, et m'emmena d'un pas leste (normal, vu qu'il avait la vessie vide) au sein de
sa tribu.
La tribu des Wougoulous est connue en France du Sud pour être la
dernière tribu indienne suivant les rites ancestraux des Inuits d'Alaska. Vu le climat, on comprend facilement pourquoi c'est la dernière: les igloos ne tiennent pas trois heures dans la
fournaise de l'Aude. Ces hommes, d'une incroyable générosité, m'ont accueilli les bras ouverts, et ont compris avec respect l'entreprise dans laquelle je m'étais lancé. Je décidai de passer
quelques temps chez eux. Pour que Rousseau soit fier de moi.
J'ai donc passé dix jours chez les Wougoulous, sans lire mes mails, sans
consulter mon facebook, sans mettre à jour mon blog, me nourrissant exclusivement de gousses d'ail, de ragondins rôtis, et de gousses d'ail. Quand la Renault Diesel du chef de la tribu m'eût
ramené chez moi, je pris une énorme claque.
Un peu comme Tom Hanks, à la fin de Seul au monde, quand il revient chez lui:
Federer est devenu le roi du tennis; Michael Jackson, Pina Bausch et Robert-Louis Dreyffus sont morts; Cristiano Ronaldo vaut 95 milions d'euros; Sarkozy est toujours au pouvoir.
Le fantôme de Jean-Jacques n'a pas fini de se trimballer à poil dans mes rêves...