Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 10:00

        
        L'évolution: un petit mot pour un vaste sujet. Quand on parle d'évolution, c'est souvent en bien, pour dire qu'on est mieux maintenant qu'avant et pour justifier le fait de ne plus manger avec les doigts. D'ailleurs, c'est l'évolution qui a inventé le mot "drague", pour éviter que la gent féminine se prenne systématiquement un coup de massue sur la tête quand un mâle dominant décide de perpétuer sa lignée.
Malgré toutes ces innovations sociologiques, il y a tout de même quelque chose qui a pâti de cette course à l'excellence commencée il y a sept millions d'années: notre relation avec les animaux.
     Afin de rétablir l'équilibre qui nous manque depuis que l'Homme a décidé de marcher sur deux pattes pour mieux choper les fruits dans les arbres, j'ai décidé hier de tenter de restaurer le dialogue avec nos amis les bêtes. Même avec les chats.



Le fait que nous vivons en société fait qu'il est devenu difficile de fréquenter les mêmes animaux qu'il y a sept millions d'années: plus de mammouths et plus de dinosaures. Désormais, il faut faire avec ce qu'on a, c'est-à-dire ce qu'on appelle généralement des "animaux de compagnie". Mais "de compagnie" de quoi? Avez-vous déjà vu un clébard jouer au Scrabble avec son maître? Un chat aider à porter les courses à Carrefour?
Bref, en tant qu'Homme du monde, et français qui plus est, il faut bien inventer un nouveau genre de communication avec les animaux de maintenant, "de compagnie" ou pas. Après tout.



Pour commencer, j'ai passé quelques heures avec les chiens du quartier, deux labradors, un berger allemand un peu con et un bâtard. Si nous avons tout d'abord consacré trente minutes à faire connaissance en nous reniflant le derrière (ce qui, ma foi, ne fut pas du plus grand déplaisir), le reste de la matinée a été foutrement bien occupé.
Si me vautrer dans les ronces et les orties ne m'a pas super plu, j'ai en revanche apprécié pouvoir faire mes besoins où je voulais. J'ai compris dans leurs yeux la stupidité et la vanité où était tombé l'être humain, qui préfère s'enfermer pour faire ses besoins dans un petit trou avec de l'eau au fond, plutôt que de profiter pleinement du bon air, et de rendre à Dame Nature ce qui appartient à Dame Nature.
Expérience satisfaisante dont je garderai de bons souvenirs (et quelques morsures).



Commencer par les chiens fut le plus facile, j'en conviens. Après tout, un chien, c'est sympa, c'est doux, ça a l'air intelligent et sociable. Pas comme un chat.
Je décide donc de continuer mon expérience animalière par des animaux que l'on dit inaccessibles: les taupes. Pour appeler les taupes, j'ai utilisé une sorte de pic à ultra-sons, reproduisant le gémissement d'une taupe en chaleur. Ca marche bien.
Après une dizaine de minutes, je fus invité à plonger dans un des trous. On méprise souvent les taupes, parce que ça pourrit les jardins, que c'est myope et que c'est moche. Bon, pour être honnête, c'est vraiment moche. Mais quel travail! Rendez-vous compte, creuser toute la journée, épurer le sol en se mettant de la terre sous les ongles, et tout ça pour quoi? Pour se prendre des coups de pelle sur la tronche chaque fois qu'on veut prendre un peu l'air?
Si cette expérience ne m'a pas vraiment converti au taupisme,  j'ai tout de même pris conscience de l'égoïsme de l'Homme, qui massacre ces pauvres petites bêtes qui ont bien compris qu'elles sont moches (c'est pour ça qu'elles vivent sous terre et qu'elles sont myopes: pour pas se regarder en face).


      
       Je poursuis mon étude par une petite virée avec les étourneaux qui piaillent toute la journée dans le cyprès du voisin. Je me dis qu'un oiseau, c'est classe, ça vole, ca chante, c'est élégant. Pas comme un chat, quoi.
Comme j'adore chanter à m'en casser les oreilles, j'ai donc entonné le refrain de Envole-moi, de Goldman, afin d'attirer leur attention. Grand succès, puisque tout un gang d'étourneaux est venu m'entourer. Quelques-uns qui connaissaient déjà la chanson ont repris en canon, et nous avons passé trois heures à chanter en boucle cette ode à la joie et au bonheur. Comme un Pow-wow. Parce que chanter nous avait donner soif, nous avons volé jusqu'à la rivière voisine, en chiant de temps en temps sur les cyclistes, pour la déconne.
Ce fut l'occasion d'échanger un petit peu, de comprendre la haine qui oppose étourneaux et pigeons. Mais j'ai surtout appris que si nous ne vivons plus en communion avec les oiseaux, c'est parce que l'Homme du monde de maintenant est devenu jaloux, car il aimerait lui-aussi voler et chier sur la tête des gens de temps en temps, pour la déconne.



       Pour terminer mon expérience, je décide d'approcher une race d'animaux qui me laisse habituellement froid. Une race cupide, égoïste et qui se la pète.
Comme un chat, quoi.
Déjà, pour trouver un chat open à l'échange avec un être humain, ce fut "la croix et la bannière" comme disent les vieux. Il a fallu que je passe deux heures à me lécher les poignets comme un blaireau et que je miaule le plus fort possible pour qu'enfin le chat de gouttière du quartier (qui appartient à la vieille du bout de la rue) vienne me voir. D'abord, il m'a longtemps tourné autour, pour finir par admettre que non, je n'étais pas un chat.
Alors, il a accepté de m'emmener avec lui vivre sa vie de chat. On est donc allé piquer de la bouffe à la vieille, avant de se vautrer dans l'herbe pendant une paire d'heures.
"- Et après?" que je lui demande
-Ben après, on recommence".
    En substance, il m'a expliqué que pour les chats, dont la dynastie remonte à Psoriasis II le premier chat de Toutânkhamon, se mêler aux autres animaux étaient hors de question. En effet, pourquoi se mélanger à de vils animaux quand on a du sang royal et divin dans les veines? Du coup, m'a-t-il dit, pour passer le temps, ils tentent de foutre la merde un peu partout. J'ai appris de sa langue de chat que ce sont les chats qui ont les premiers chercher les chiens, que ce sont les chats qui ont persuadé les loups de manger de la brebis, et ainsi de suite.
Chose positive: j'ai tout de même appris comment se faire caresser à la demande, en faisant "Rrrr" et en se mettant sur le dos les pattes en l'air. Quelle bande d'arnaqueurs alors.




    Le soir venu, alors que je pansais mes nombreuses contusions dans la salle de bain, je revivais mentalement ma journée. Il fallait bien digérer tous les enseignements de mon expérience animalière.
Finalement, j'ai pu me prouver que mon instinct animal fonctionnait toujours, que les chiens sont vraiment des gens cools, que les taupes sont vraiment moches et sales, que les oiseaux chantent bien. Si seulement ces branleurs de chats n'avaient pas foutu la merde un peu partout (sauf dans leur litière, ndlr), peut-être que nous serions toujours en harmonie avec Dame Nature, que l'Evolution ne nous aurait pas séparés de ces charmants animaux dont la compagnie peut être si agréable.



Ah tiens! "De compagnie"! Ca y est j'ai compris.



 

Par Nico - Publié dans : Aventures low-cost
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