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L'été, c'est aussi la sacrosainte période des festivals. Partout en France et en Navarre, fleurissent ça et là de nombreuses manifestations
artistiques et musicales regroupant des milliers de personnes dans la joie, la bonne humeur et la bière tiède. C'est l'occasion de pratiquer un peu le camping sauvage, faire sa toilette dans le
coffre de la voiture, et renouer avec le spirit of the festif que Dame Nature nous a donné et que certains ont trop vite oublié.
A ce propos, cet été commémore avec force nostalgie et moultes drogues le quarantième anniversaire du mythique festival de Woodstock. Si la quarantaine est un moment difficile à passer pour la
plupart des gens, cela ne s'applique of course pas au festival de Woodstock, qui contrairement à ceux qui y ont participé, n'a pas pris une ride.
Journal de bord.
Arrivée aux alentours de 14h le 15 août
A cause des fameux bouchons du 15 août, il nous a fallu plus de huit heures de bus pour
rallier le site. Apparemment, le bouche à oreille avait super bien fonctionné, puisque 450 000 personnes étaient déjà là (ça ne pouvait pas être un hasard). Je me souviendrai toujours de l'énorme
galère que ça a été pour trouver une petite place pour poser nos culs, à Stella et moi. Stella, c'était ma copine super libérée du soutif, stylée Pocahontas, que je fréquentais à l'époque. On
s'était rencontré dans les toilettes d'un bar chelou à Los Angeles. Comme la porte des toilettes était pétée, on a tout de suite sympathisé. Son frère était dans la gendarmerie, c'est lui
qui nous avait rancardés sur le festival. Il nous avait même prêté son minibus, sympa le beau-frère.
Sur place, on a fait la connaissance de Björn, un suédois qui était venu avec toute une bande de potes à lui, qui nous a expliqué en fumant des joints pendant des heures pourquoi ils vénéraient
toujours Thor et Odin. Avec Stella, on comprenait pas grand chose au suédois, alors on se contentait de leur échanger quelques spliffs contre des boîtes de légumes Bonduelle. C'était cool
Woodstock, l'échange, le troc, tout ça.
16 août, petite pluie sur Woodstock
Woodstock, au-delà de l'échange de salive et de substances illicites avec
de purs inconnus, c'était aussi beaucoup de musique. Mais de la bonne musique, pas de la musique de jeunes de maintenant! Amel Bent se serait faite crucifiée pour un seul petit
tremollo!
Stella adorait la musique, et plus particulièrement la guitare (comme tous les hippies, en gros). Heureusement, son frère le gendarme en avait toujours une dans son minibus. Entre deux concerts,
le temps que les roadies installent le matos de Crosby, Stills, Nash & Young, j'ai donc pu monter sur scène, et jouer quelques airs connus et fédérateurs de l'époque. Si la foule a
très bien accueilli ma version destroy de La Marseillaise, j'ai dû abréger mon set devant l'incompréhension massive de mon interprétation de Tata Yoyo. Il a plu toute la
journée. Bref, ça reste quand même un super souvenir, que Stella a pu immortalisé avec son Kodak jetable. C'était cool Woodstock, la musique, l'originalité, le fun tout ça.
17 août, dernier jour
Woodstock, donc, c'est la musique, de la fête, et plein de gens tout nus (yo). Comme par hasard, on a retrouvé de vieux amis de Stella le dernier jour: Peter et Sloane.
Un couple de jeunes, comme nous, pieds nus et cheveux longs. Autour d'un petit barbecue (le beau-frère avait toujours un petit barbeuk électrique dans son minibus), on a discuté un
peu.
Super branchés sur le dépassement de soi et toutes ces conneries, ils nous ont quand même convaincus que "notre enveloppe corporelle n'était qu'un carcan duquel il
fallait s'affranchir pour pouvoir atteindre la sérénité spirituelle propice à l'échange mystique avec la Nature" (ou un truc comme ça). Comme à l'époque, Stella et moi étions très influençables
(et défoncés), on a dit ok, et on a tenté de "transfigurer notre emballage charnel pour faire ressortir l'individu qui se cachait au fond de nos âmes" (ou un truc comme ça). Ebloui par
l'élèvement spirituel que nous avions atteint, hurlant tels des shamans en transe devant la scène, il apparaît maintenant logique que Santana, qui jouait en même temps, nous fasse
monter sur scène pour l'accompagner sur Soul Sacrifice. Stella au choeur et moi au boum-boum, nous passâmes un des moments les plus magiques de nos vies. Grâce aux idées de Peter et
Sloane, nous avions atteint le seuil des portes de la perception. En descendant de scène, comme quittés par l'esprit, on s'est évanoui. C'était cool Woodstock, les expériences, les transes, tout
ça.
17 août, 22h, départ
C'est le frère de Stella qui nous a ramené au minibus. Inquiet pour sa soeur, il avait pris une journée de congès à la gendarmerie pour voir comme ça se passait. Bien lui en a
pris, parce qu'il nous a retrouvé en bas de la scène écumant et délirant sur la condition humaine de la tourterelle. Comme par magie, Peter et Sloane avait disparu. Les 450 000 personnes étaient
désormais en train de ranger leurs petites affaires, cannettes, tentes et enfants en bas âge. Sur le chemin du retour, la nostalgie de ces trois jours nous frappait déjà, Stella et
moi, pendant que le beau-frère conduisait. Hendrix, Joplin, Cocker, les Who, Santana, Jefferson Airplane, Canned Heat et j'en passe nous manquaient.
Stella et moi nous sommes séparés peu de temps après... Il paraît qu'elle est devenue CRS maintenant, pour faire chier son frère qui lui,
a quitté la gendarmerie pour devenir berger en Corse. Pour ma part, je n'ai plus jamais porté la coupe afro.