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Il se passe quelque chose d'étrange l'été. Comme si l'été nous rentrions en communion totale avec Dame Nature, ses mouvements
d'humeur ont une influence directe sur les personnes. Quand il pleut en été, c'est la catastrophe: on ne peut aller ni à la plage, ni en randonnée, ni rien. En hiver, en revanche, quand il
pleut, on se dit seulement "tiens, j'espère qu'il pleuvra moins qu'hier".
Quand il fait un temps à la con, l'été, tout le monde devient fou. Comme pendant les éclipses solaires ou la sortie d'un nouveau Star Wars. On devient barjot à la pensée que
merde, on est en train de perdre une journée de vacances là, quelle horreur.
Les jours de mauvais temps en été, tout le monde a la bonne idée de s'entasser sur les routes.
Oui: quand on a enfin accepté que c'était un jour perdu pour le Ricard-plage, on se résigne à prendre sa voiture pour aller faire le tour des lieux touristiques culturels de la région (musées,
parcs, Auchan). On a tous la même idée au même moment ("Allons-y après le petit-déj', on arrivera pour l'apéro"), et voilà le désastre.
Heureusement, comme il y a toujours plus de solutions que de problèmes, il suffit de bien ouvrir ses yeux pendant les bouchons pour égayer sa journée: le "catch de touristes énervés".
Expérience interdite.
Hier, 10h30, sur la D15 qui longe l'A9, reliant une cave à vin et un toro-piscine
A force de faire du pousse-pousse sur la départementale, fatalement, deux voitures devant moi, une Fuego Adventure de 1978 heurte doucement le pare-choc d'une
Renault Espace de 1991. Le temps de s'échanger quelques doigts d'honneur et menaces de la main droite, deux types sortent (pour des questions de sécurité, les plaques d'immatriculation restent
anonymes) pour s'expliquer avec les mains le pourquoi du comment:
J'étais en train d'assister à un vrai combat entre un juilletiste et un aoûtien!
D'après ce que j'ai compris, l'un regagnait l'autoroute, et l'autre le karting du coin:
-"Tu vois pas que j'avais mis le clignotant? T'es pressé ou quoi?
- Connard, remonte dans ta caisse
- Je vais te taper sur la tête avec mes mains
- Connard, remonte dans ta caisse"
Heureusement, il y a les femmes, toujours là pour apaiser les conflits entre deux mâles dominants:
- "Vas'y René, fais lui le tourniquet de la violence!
- Raye-lui sa caisse de merde à celui-là, montre-lui comment on se chauffe dans le Berry!
- René je t'aime!"
A l'arrière, les descendants des combattants attisaient aussi les feux de la mort:
-"Cool, papa se bat
- Excellent, j'espère qu'il va gagner."
Chauffés à blanc par les encouragements et les klaxons des autres automobilistes coincés par cette lutte, les deux mecs posèrent délicatement le
sac-banane-autour-du-ventre-qui-retient-en-même-temps-le-short et retroussèrent les manches du débardeur. Se toisant du regard, s'approchant en frisottant nerveusement la moustache, les deux
mecs avaient l'air motivés: ça allait saigner, c'était certain, et j'étais aux première loges. L'aventure est toujours à portée d'uppercut. Deux techniques de combat s'opposaient sous les
yeux de l'assistance médusée par tant de violence estivale. C'est comme à la pétanque, certains pointent, d'autres préfèrent tirer, et les autres regardent.
Comme prévu, l'échange de coups de poings n'a pas fait avancer les choses, et encore moins les voitures. Les arcades entaillées, de l'écume au bord des lèvres, René et son adversaire remontèrent
en voiture sous les hourras de la foule.
Bien content de s'être battu au moins une fois pendant ses vacances, le juilletiste avait l'oeil apaisé et a tranquillement pris la sortie de l'autoroute.
Fier d'avoir tabassé un mec dès le début de ses vacances, l'aoûtien a jeté à sa femme en remontant: "Putain, on va se régaler cette année".
Du bonheur en palettes, l'été.
En tout cas c'est bien raconté avec beaucoup d'humour!