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...Attention Spoilers...
Présenté au dernier festival de Cannes en compétition officielle, on a déjà pratiquement
tout dit sur le dernier Tarantino, Inglourious Basterds, en deux mots l'histoire d'un commando américain chauffé à blanc pour aller buter des nazis à coups de
batte, ramener des scalps ou leur graver une croix gammée sur le front.
Sorti hier en salles, il est temps de faire les comptes: Tarantino imposteur ou véritable génie du cinéma?
Etat des lieux.
Une histoire de parole
Au lieu de nous montrer une histoire, Tarantino nous la raconte. On entend sa voix à chaque réplique. Car c'est avant tout sur les dialogues, et la confrontation
entre les différents personnages de l'histoire, qu'avancent le film et ses intrigues. Pour construire ses personnages, Tarantino les fait avant tout parler.
Le meilleur exemple du film est bien entendu Waltz-Landa. Notons que le
premier tour de force de QT a été de faire avoir un prix d'interprétation à Cannes à un ancien acteur de Derrick interprétant le pire des nazis. Ce personnage représente ce que peut
faire de mieux Tarantino en matière de puissance d'écriture et de direction d'acteur. Car c'est grâce à la parole, plus que ses actes finalement, que Waltz-Landa nous apparaît à la
fois effrayant, terrible et grotesque. C'est grâce à la parole qu'il démonte complètement le gaillard au début du film, et fait successivement craquer Shoshanna et Bridget, etc. D'ailleurs,
des langues, et c'est peut-être là la clef, il en maîtrise quatre: l'anglais, l'allemand, le français et l'italien (attention surprise).
Les longues scènes de dialogues servent à faire monter la tension avant la tempête qui explose fatalement et inlassablement. C'est ce qui donne le rythme du film: un long affrontement verbal
avant l'affrontement physique et violent. Un peu comme la scène finale du Bon, la Brute et le Truand, où les diférents personnages s'observent pendant au moins sept minutes avant de se
flinguer en deux secondes. L'action est au service du langage, contrairement à bon nombre de films, où les dialogues ne sont là que pour soutenir des scènes d'action.
Mais seulement, les dialogues ne servent pas
uniquement à montrer la virtuosité de Tarantino. Outre le fait de faire avancer l'histoire, il y a un enjeu tout particulier de la parole dans Inglourious Basterds: celui de déjouer
le réel, de montrer le caractère à la fois vrai et faux de la parole.
Car la réalité ou le réalisme, Tarantino s'en fout pas mal. Parvenir à rester entre le réel et le fictif, voilà le challenge réussi du film. Car tous les personnages
que nous voyons évoluer jouent des rôles, comme une sorte de mise en abyme du métier d'acteur (et derrière: du cinéma): tous les personnages se déguisent, se font passer pour des autres, et se
mentent.
Tout le film repose sur cette équation difficile:
"comment puis-je travestir ma parole pour me préserver de qui je suis". Exemple: la scène de la taverne (spoiler), où les trois Basterds réussissent à tromper le commandant de la Gestapo jusqu'au
mauvais "geste" de l'anglais (excellent Fassbender): la parole prédomine, puisque s'il n'avait pas lever la main de la mauvaise façon, il aurait sans doute survécu (et ses potes également).
La belle part du film est donc donnée à la parole. Une preuve supplémentaire: l'utilisation de la musique. Car sur 2h30 de film, la BO ne dure que 36 min (à peu près). Ce qu'il faut en retenir,
c'est que la musique ne vient jamais brouiller le message ou la puissance des dialogues. On la retrouve généralement pour les scènes (courtes) d'action, filmées comme des clips parfois violents
et rapides (malgré quelques ralentis extraordinaires). Perso, la BO est tellement réussie que j'en aurais voulu plus. Heureusement, mon pote m'a fait comprendre qu'il ne fallait pas être
trop gourmand. Car oui: comme tous les Tarantino, Inglourious Basterds est un film à aller voir entre potes, et dont il faut acheter la BO dés sa sortie.
Outre le fait que le langage est un véritable
enjeu de l'affrontement entre réel et fictif, le cadre du film prête également à mettre en valeur la machine cinématographique. Nous avons donc le cadre de l'histoire: un cinéma. Le prétexte: une
avant-première d'un film, La Fierté de la Nation, inspiré de l'histoire vraie d'un sniper allemand (Brühl, vu dans Goodbye, Lenin) qui joue son propre rôle.
Là aussi, la frontière entre réalité et fiction est interrogée avant d'être balayée par le désarroi du sniper devant l'abomination du film qu'il a inspiré: vrai soldat exemplaire, ou
acteur-soldat de pacotille dans un film de merde?
Enfin, je ne m'attarde pas sur les nombreux clins d'oeil
que Tarantino fait à ses anciens films (guettez les références à Pulp Fiction ou à Kill Bill...) et aux films de son coeur (mélanger Cendrillon et Scarface,
entre autres, fallait le faire). Je passe aussi sur le casting de rêve et inattendu, tous les acteurs/actrices étant plus parfaits les uns que les autres. Je passe également sur les éternelles
préoccupations du cinéma de Tarantino, dont la femme vengeresse, que l'on trouve ici à double-visage (Shoshanna et Bridget), mais aussi quelques plans fétiches (la contre-plongée de la scène
finale ou les nombreux plans sur les pieds de ses actrices), qui participeront bientôt à la mythologie-Tarantino.
En somme, violent et testostéroné, habile et fin, Inglourious Basterds est un film de cinéma sur le cinéma: irréaliste et divertissant. Ultime pied-de-nez: dans son film, c'est la
fiction qui l'emporte, puisque ce sont les personnages fictifs de Tarantino (les Basterds) qui prennent le pas sur la vérité historique (Hitler et compagnie, massacrés et brûlés). Et toc, dans
les valseuses.