Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /Août /2009 15:24

       La nature humaine est très influençable, on le sait tous. De Jésus à nos jours, il y a toujours eu quelque chose pour nous changer, nous faire aimer ou détester. On dit souvent qu'être influençable est un défaut. Pas pour l'Homme du Monde, qui se doit de posséder l'ouverture d'esprit nécessaire à la compréhension de sa société. Bien entendu, être perméable à  toutes les influences extérieures ne doit pas empêcher de garder un regard critique. Il ne s'agirait pas de sauter d'immeuble en immeuble après avoir vu Yamakazi, ou de virer de droite après un discours de Devedjian.


Démonstration.

     
       En ce moment, se déroulent à Berlin les championnats du monde d'athlétisme. Chouette, me dis-je, moi qui adorais regarder ça avec mon frère, quand j'étais gamin. A l'époque, on était en admiration devant ces mecs qui consacrent leur vie entière à sauter le plus haut possible ou à marcher le plus vite. Influençables à l'époque, on se prenait de passion pour l'athlétisme.
     Voulant copier Bubka, on s'était fabriqué une perche en roseau pour sauter par-dessus le fossé, dans le champ à côté du village. Bilan: coccyx fêlé pour mon frère, et deux dents (de lait) tombées pour moi, qui ai pris le retour du roseau en pleine gueule. C'était un peu la première leçon que nous donnait la vie.
  On se disait que nous aussi, on pouvait se trouver une idée de sport bizarre qui nous rendrait riches et célèbres... Un peu plus tard, on a eu l'idée d'une nouvelle discipline: le tombé des escaliers, qui consistait à sauter de la plus haute marche des escaliers sur un matelas sans se faire mal. Bilan: deux chevilles foulées et une lampe-qui-coûtait-super-cher brisée. C'était un peu la première branlée que nous donnait la vie.


Cela dit, quand je repense à tout ça dix ans plus tard, assis devant ma télé une Kro à la main, je ne peux que porter un regard attendri sur les enfants influençables que nous étions, quand il suffisait de regarder Rolland-Garros pour se passionner pour le tennis.




Comme la vie est un cycle, après des années passées sans regarder les championnats du monde d'athlétisme (du coup, interdiction parentale de pratiquer l'athlétisme d'intérieur), je me suis hier retrouvé dans la même situation qu'il y a dix ans, quand on sautait avec mon frère par-dessus le canapé du salon, comme Javier Sotomayor. Devant le 3000 mètres, je me suis moi aussi rêvé coureur de fond. Généralement, je ne cours que quand je suis poursuivi ou que je suis en train de rater le bus, mais là, devant ma télé, j'en ai (pour la première fois) eu envie.

Comme le gosse que j'étais enfant, j'ai donc pris mon plus beau débardeur bleu-blanc-rouge, mes Adidas et mon vieux short de foot début années 90, et suis parti courir dans le village:

800 m:   tout va bien, je commence un peu à transpirer, mais c'est normal, on est le 20 août, et il fait 38°.
1 km :   je fais une pause place du village, pour me doucher dans l'abreuvoir à chiens parce que j'ai super soif. Mais c'est normal, on est le 20 août, et il fait 38°.
1, 3 km:   je commence à avoir un point de côté, parce que j'ai un peu de mal à rythmer ma respiration, mais c'est normal, on est le 20 août, et il fait 38°.
1,5 km:   je commence à me demander ce que je fous là, en train de courir dans mon short bleu-pétrole-en-matière-qui-brille.
1,7 km:   allez, encore 300m, et je m'arrête au square pour souffler un peu, parce que je sens que mes poumons encrassés et mon estomac plein commencent à boxer.
2 km:   finalement, je crois que j'ai trouvé mon rythme, et je passe devant le square en serrant les dents.
2,1 km:   je crois que je me suis évanoui (20 août, 38°), puisque je ne cours plus, et que je suis allongé sur le sol au niveau de la médiathèque du village. Les ados qui squattent là me jettent des capsules de bière sur la tête: c'est ce qui m'a réveillé.
2,5 km:   je rentre chez moi en marchant.


     En rentrant, je me suis jeté dans la douche, en me promettant de ne plus jamais enfiler mon short et mon débardeur. Même si dans ma tête, j'étais content d'avoir retrouvé ma naïveté d'enfant, un sentiment de honte mêlé de déception commençait à m'envahir, puisque j'ai pris conscience que la course, pour moi, sera réservée à la poursuite. A jamais.
J'ai rangé soigneusement mes vêtements de coureur du dimanche. Je les donnerai à mes futurs gamins, en leur faisant la morale sur les dangers de se laisser influencer par les Championnats du monde:

"Faites comme papa: regardez ça à la télé, le sport c'est pas pour nous. Et posez ce roseau."

Par Nico - Publié dans : Nostalgie Heroes
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