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Il flotte dans l'air de ce samedi après-midi comme une petite odeur de souffre. Un peu comme si ce samedi, les vacances s'éteignaient. Parfois,
alors que vous surfez sur les vagues estivales du festoiement et de la rigolade, la rentrée vous remet les pieds sur terre en vous assénant un grand coup de pagaie dans les gencives. Ce
samedi 22 août, c'est un comme le but de la défaite à la 89e minute, comme une crotte de pigeon dans du caviar, comme une couillette dans une soupe. Il fait encore une chaleur à crever, et
pourtant on sent déjà un petit parfum d'automne.
Depuis dimanche dernier et la fin de la haute saison qui fut riche en rebondissements, on s'embarque doucement mais surement sur le bateau de la rentrée: les touristes sont pratiquement tous
partis, il fait nuit un peu plus tôt, on remise notre foulard rouge et notre chapeau de paille, et on prépare septembre. Ce n'est pas sans une certaine émotion que j'écris ici la
phrase la plus triste depuis mes trois mois de blog: "dans une semaine, c'est la rentée".
Pour preuve, à cette heure-ci, je reviens tout juste d'Auchan, car comme nous l'avons déjà dit ici, Auchan, c'est plus sympa et convivial le samedi après-midi. L'aventure,
c'est l'aventure. Constat effrayant à l'entrée du magasin: alors que le rayon "jeux-de-plage" était quasiment vide, et proposait des crocodiles gonflables à prix cassés, que les frigos
étaient dépouillés de brochettes et autres saucisses-de-foie-de-canard-aux-herbes-marinées-dans-l'huile, le rayon-star était bien entendu le rayon "Rentrée".
Moi qui étais heureux d'avoir éviter les gamins survoltés, excités et bruyants pendant deux mois, je me suis retrouvé plongé bien malgré moi en pleine garderie
sentant bon le nivea-junior et la Pampers humide. Des gamines pleuraient pour avoir le dernier sac à roulettes "Hannah Montana", pendant que les gamins se roulaient par terre pour un effaceur
Spiderman. Franchement, un effaceur "Spiderman"... Tout ça pour le perdre dés la semaine de la rentrée ou le transformer en sarbacane. Les mamans, consciencieuses avec leur liste à la main,
gardaient fermement la barre du caddie: "Non, t'en as pas besoin, j'ai déjà acheté un pack de 8 pour ta soeur".
Un petit en particulier m'a donné du rêve en barres, un gamin qui devait entrer en 6ème, vu l'enthousiasme qu'il mettait à acheter une paire de crayons gris HB. On
n'entendait que lui (et pourtant, c'était le bordel). Pour le fun, je l'ai suivi pendant quelques minutes. Son petit plaisir à lui, son kiff du moment qu'il avait du découvrir chez ses
cousins pendant les vacances, c'était les Pokémons, et il voulait absolument avoir la gamme complète, de la paire de chaussettes à la gomme en passant par le double-décimètre. Seulement, les
Pokémons, c'est presque déjà has-been, faut passer à Naruto, ou à Full Metal Alchemist, à la rigueur. Bref, s'il fut super content de trouver un classeur A4 avec Bulbizarre dessus ("Waaaa
mamannnnn"), le top c'est quand il est tombé sur un stylo-4-couleurs en forme de Pokeball ("Waaaa mamaaaan, comment je vais trop bien travailler avec celui-lààààààà"). La mère, un peu dégoûtée de
voir que son gamin entrait dans l'âge fatal du collège, a jeté ça dans le caddie l'air de dire "Vivement qu'il ait le bac".
Enfin bref, moi qui étais aussi venu pour refournir ma trousse en Bics, feutres et surligneurs, j'ai voulu lancé un ultime pied-de-nez à cette dernière semaine de vacances en repartant avec
seulement le dernier single de Franky Vincent, à la mélodie chaloupée et aux paroles acidulées, que je me suis empressé de mettre dans l'autoradio de ma Ford Ka. "Société, tu m'auras
pas".