Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 18:57
         Découvrir Paris, c'est découvrir une notion toute particulière du vertige. Et le vertige parisien, sans accent encore une fois, est très compliqué à gérer, finalement.
        Encore une fois, tout est une question d'oreille interne (celle-là, elle n'a pas fini de nous emmerder le cerveau). En me documentant un peu, Homme du Monde de base que je suis, j'ai appris que le vertige était dû à un décalage entre ce que je vois, et ce que mon oreille interne perçoit. Je ne vais pas plus loin dans les explications, parce que 1° ce serait chiant, et 2° je ne suis pas certain d'avoir tout bien compris. En bref, je pensais qu'on ne pouvait ressentir le vertige que suspendu à une corde du 28ème étage d'un immeuble au bord d'une falaise. Quel naïf.



       La première fois que j'ai ressenti la notion de vertige, c'était suite à un cauchemar de Mario Bros. J'étais gamin. Parfois, quand on se débrouille bien, on peut faire en sorte que Mario double, voire triple de volume, de grandeur, et occupe tout l'écran. Il écrase tout et n'a même plus besoin de sauter pour franchir les fossés. de feu, et il botte le cul des tortues sans faire exprès. Une nuit, j'ai rêvé que je me retrouvais dans le jeu (j'en étais à 8000 de manettes en une semaine, c'est peut-être aussi pour ça), et que j'étais moi aussi confronté à un Giga-Super-Mario de la mort qui m'écraisait sans que je puisse faire quoi que ce soit.


Ben Paris, contre toute attente, c'est un peu comme un Super Mario qui triplerait, voire quadruplerait, de volume. Tranquille dans ma ville du Sud à taille humaine, me voilà en train de courir avec une sorte de mutant aux fesses. Ici, tout est plus grand, plus beau, plus fou. La masse de gens qu'il peut y avoir dans cette ville vous rend tout petit, et a tôt fait de vous écraser. Exemple en vingt minutes de métro, sur la ligne 4.


          Plus de gens, cela veut dire dans un premier temps plus de gens bizarres. Lundi dernier, par exemple, alors que je prenais le tentaculaire métro pour la troizième fois seulement, un vieux à l'apparence normale  (cheveux blancs bien peignés, charentaises assortis aux bretelles) est entré, au niveau de Réaumur-Sébastopol. J'ai découvert avec stupéfaction qu'à Paris, même les vieux étaient fous, et capables de chanter des trucs incompréhensibles ("Il fait beauuuUUUuu, à SainnntTTt-MalllLLoooO") sans que personne ne s'en inquiète.
       Ce petit vieux, en plein Delirium Tremens, m'apprenait qu'à Paris, il y avait tellement de monde qu'on en tirait deux leçons:
1. Avec l'âge, on devient vraiment fou, pas besoin d'être alcoolo, le temps fait son office.
2.  Quand il y a beaucoup de monde, on peut se permettre de se lâcher sans scrupule dans un métro bondé. Personne ne vous connaît = Personne ne vous reconnaîtra.
D'ailleurs, notre petit vieux rotait bruyamment entre chaque couplet de "Il fait beau à St-Malo". Ca parfume, et c'est toujours de bon ton.


     Quelques stations de métro plus loin, toujours sur la même ligne, une bande de nanas toute pimpantes est entrée dans la rame, effaçant de ma mémoire et de mon odorat notre charmant petit vieux qui s'était endormi sur un strapontin. En l'espace de quelques minutes, toute la rame de métro était au courant de leurs cursus scolaires, de leurs inscriptions à Nanterre (pour Barbara), Jussieu (pour Marie-Charlotte) et la Sorbonne (pour Kelly). Mais surtout, tout le monde se souviendra de l'odeur de Patchouli, de CK ONE et de Giorgio qui donna le vertige au wagon entier.


"Il fait BeeaaEuuuU, à Saaaiiinttt-MallLLLooo", et ça sent bon, dans le métro.



Par Nico - Publié dans : Aventures low-cost
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