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A Paris pendant les vacances, tout est différent. Le RER n'est plus une torture et prendre le métro a une saveur toute particulière. Ben oui, d'habitude, on
prend le métro et le RER pour aller bosser, on suit tous les jours le même itinéraire, la même ligne, de sorte qu'on finit par connaître par coeur le timing exact qui sépare deux stations. Comme
pour tout, on en arrive à se faire une petite routine du quotidien, le célèbre métro-boulot-dodo, et c'est bien chiant, parce qu'on se dit qu'à Paris, on pourrait faire autre chose de nos
journées que de les passer sur la ligne 4.
A force de prendre le même métro à la même heure, on se retrouve avec des gens qui, comme nous, prennent le même
métro à la même heure, un peu comme des compagnons de voyage qu'on revoie immanquablement le matin.
Par exemple, dans le métro de 6h28, je croise tous les matins un mec à lunettes qui s'attaque à la bière pas chère (dont j'ai déjà parlé), je vois tous les matins une grande brune aux cheveux bouclés qui s'arrête une station plus tard, et, arrivé aux Halles, je laisse toujours descendre le même énorme type chauve qui sort du wagon dans lequel je m'apprête, tous les matins, à monter.
C'est presque devenu un jeu. Tous les matins, je tentais de partir exactement à la même heure, pour choper le métro de 6h28, le mec à la bière, la brune, ma
correspondance aux Halles et l'obèse du RER. C'est un peu comme dans le film "Un jour sans fin", je trouvais ça trop cool, c'était mon parcours du combattant de chaque jour, des mini check-points
que j'étais le seul à calculer, vite mon RER est en approche faut que j'accélère le pas.
Le problème, c'est que pendant les vacances, tout ça c'est fini. Si ça se trouve, les lunettes, la brune et le gros ont remarqué mon absence matinale, et si
ça se trouve, ils se font du souci pour moi. Parce que maintenant, quand j'arrive aux Halles, ce n'est pas pour sprinter vers le quai de la ligne A, mais pour aller glander en ville. D'ailleurs,
j'ai un réflexe pratiquement pavlovien de toujours jeter un coup d'oeil sur les écrans, histoire de savoir si je pourrais attraper le RER que j'aurais pris.
A cause de ces connes de vacances, j'ai pratiquement perdu le stress parisien qui avait fini par me dompter, faut bien l'avouer. J'essaie bien de me
promener à la parisienne sur les grands boulevards, en bousculant les gens des épaules, bouge de là tu vois pas que je suis pressé, mais je n'y arrive plus. Voilà que je marche comme un touriste,
m'arrêtant tous les vingt mètres, tiens j'avais pas remarqué ce truc, c'est joli, comment ça s'appelle? Ah, c'est ça la Tour Eiffel? A force de sourire d'un air béat, j'ai perdu mon froncement de
sourcil de sociopathe parisien dont j'étais si fier...
Quand je bossais, au moins, je pouvais m'énerver contre les parisiens qui se tassent contre les portes de métro comme des spermatozoïdes tétus à
l'entrée un ovule trop select. J'adorais me moquer de leur accent et de leur air faussement inspiré quand ils me rentraient dedans comme des brutes pour que je libère le passage. Maintenant que
je suis en vacances, je n'ai plus rien, les parisiens ont disparu, laissant leur place à des wagons de touristes qui vous sourient en montant dans la rame. Je sais, c'est énervant.
Même la météo s'en mêle. Je m'étais plus ou moins fait au temps parisien qui fait qu'il peut se passer des jours sans voir le moindre coin de ciel, et
j'étais habitué à ce que mes mains craquent et saignent de froid, c'est drôle mais je peux pas rire parce que j'ai les lèvres gercées, etc. Même ça a disparu: voilà plus de dix jours qu'il fait
beau à Paris, au point où mon cher Sud ne me manquent presque pas, je suis presque infidèle, j'ai honte. J'ai même fait un barbecue, c'est vous dire.
Voilà donc que tout s'effondre, que je me lève à midi sans penser au mec bourré à la bière, à la brune
bouclée ou au gros en maillot du PSG, que je ne cours plus dans les Halles ni entre les gouttes, bref: j'ai presque des sueurs froides face à cette fausse nouveauté où tout est là sans être
là.