Partager l'article ! Beach Gregarism: Quand l'été, tout le monde se retrouve en train de griller à moitié à poil près d'un point d'eau, ...
Quand l'été, tout le monde se retrouve en train de griller à moitié à poil près d'un point d'eau, quelque chose de parfois surprenant se passe. Impossible de ne pas
se souvenir de ses cours de SVT au collège lorsque, allongé sur une plage et entouré de centaines de nos congénères, on constate comme une sorte de nouvelle organisation sociale. En gros: prenez
des gens, foutez-les en maillot de bain sur une plage, sans barrière et sans territoire proprement délimité. Puis observez attentivement ce qu'on nomme l'instinct grégaire, ou comment les espèces
animales a besoin de se regrouper pour survivre, n'en déplaise à Rousseau (qui décidément doit avoir les oreilles qui sifflent).
En cherchant un peu sur Universalis, on se rend compte que beaucoup d'espèces animales manifestent du grégarisme (du latin grex: troupeau, toujours comme ça se
prononce), du loup au pingouin, en passant par les flamants et les fourmis. Cela dit, on n'est pas là pour compter les fourmis ou les abeilles, et l'étude des pingouins est, comment dire,
fastidieuse (voire ennuyeuse). Concentrons-nous sur ce qui nous intéresse le plus, nous, l'espèce animale la plus égoïste du monde connu, à savoir: nous-même. Profitons de la saison estivale pour
observer avec un oeil tendre et malicieux nos comportements quand surgit, du fin fond des abîmes de l'élégance et de l'érotisme: le maillot de bain.
Le grégarisme de plage, ou beach gregarism, consiste en des éléments largement identifiables. Le principe, c'est de se regrouper, donc, en formant
une sorte de nouvelle mini-société plus ou moins structurée. Notons pour commencer qu'il n'existe pas de winter gregarism, tout simplement parce qu'en été, les circonstances
(chaleur, nudité, apéros qui durent des heures) poussent tout le monde à se rapprocher: c'est ce que les scientifiques appellent les stimuli environnementaux, comme ça se
prononce.
Qui dit beach gregarism, dit forcément beach, plage, grève. La plage, bien plus que tout autre localisation spatiale regroupant des
êtres humains (Carrefour mis à part), est pour l'endroit idéal pour stimuler le grégarisme. A la plage, comme il n'y a strictement rien à faire, on peut facilement étudier les plusieurs groupes
d'individus se retrouvant au beach-volley, au beach-soccer, au beach-freesby, au beach-drinking, au bitch-bronzing. C'est le second niveau du grégarisme après le rapprochement spatial: la
cohérence entre ses membres, qui ont pour point commun une occupation commune.
La cohérence entre membres d'une même beach-tribu, c'est avant tout un besoin de hiérarchie, comprenez que le grégarisme n'est pas socialiste ni
démocrate: chaque troupeau a besoin d'un berger. Sur la plage, ce qui fait la différence entre plusieurs prétendants (ou prétendantes) au rôle de chef, c'est la démarche à la cool. La
démarche à la cool, c'est être capable de marcher en souriant, contractant les abdos (ou les fesses), en se oignant ostensiblement les pectoraux (ou les seins). Plus vous détiendrez une démarche
à la cool, plus vous vous approcherez de la place du chef. Gardons à l'esprit que si vous êtes bonne et bien bronzée, ou frais et bien formé, vous avez quand même un léger avantage sur la
crevette rouge et blanche. Que voulez-vous, c'est ainsi.
Nous y voilà donc. Les groupes sont formés, selon une cohérence interne qui échappe aux lois du savoir-vivre-ensemble (les fameux "t'es bonne" ou "putain t'as
des abdos trop beaux"). Les femmes se disposent alors en étoile de mer, de façon à pouvoir garder un oeil sur leur patronne top-less; les hommes se regroupent, debout (bien entendu), autour du
mâle dominant qui fait plus de muscu et d'UV que les autres. Lorsque ces deux groupes fusionnent, c'est l'explosion d'hormones programmée. Heureusement, pour canaliser tout ça, on a inventé la
boîte-de-nuit-en-milieu-balnéaire, ouf, le monde est quand même bien fait.
Dernier élément, et pas des moindres, qui nous rappelle à des siècles et des siècles en arrière: le feu. Ah, le feu, qui signa l'arrêt du mort du tartare de
mammouth... Admettons alors que, malgré les époques et tous les progrés du monde, l'être humain entretient toujours un lien extrêmement particulier avec le feu, qui se dévoile au grand jour tous
les ans entre le 14 juillet et le 15 août, quand vient le temps du barbecue. Ah, le barbecue, qui signa l'acte de naissance de la grillade au gras.
Le barbecue est une affaire d'hommes, c'est comme ça, et tous les hommes n'y ont pas droit. Si le chef de tribu aux pectos d'acier tient toujours le
briquet, force est de constater que d'autres, trop fluets pour s'imposer, se retrouvent trop souvent réduits à aller chercher du petit bois, "bien sec, tu s'ras gentil". Le groupe féminin, qui
lui n'attend du soleil qu'un bronzage intégrale et uniforme, observe en ricanant la scission du groupe masculin entre: ceux qui vont chercher le bois et ouvrir les barquettes de barbaque, et ceux
qui, fiérement, excitent le feu en soufflant dessus et récolteront les hourras de la foule féminine en délire.
Damned, que la nature est cruelle.