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Parfois, il faut savoir enfoncer les portes de la courtoisie pour se faire une place au soleil. Paris, la capitale, est réglée par la loi du plus fort,
et comme on peut s'en douter, le plus fort ne s'excuse que très rarement avant de manger le plus faible. S'il s'excuse, c'est surtout pour se foutre de sa gueule.
Passer du côté des
forts qui oppriment les faibles, c'est d'abord une question de look et d'harmonie des tons et des couleurs:
Quand je suis descendu dans
la rue, il était environ 8h25, je ne sais pas vraiment en fait, parce que j'avais oublié ma montre. D'un oeil rageur et enragé, je parcourus rapidement du regard mon trottoir, histoire de prendre
la température avant de faire exploser toute ma violence virile. Je restai ainsi cinq minutes à essayer de provoquer les personnes qui passaient devant moi. Sans succès. J'ai donc jeté mon
sac-poubelle dans la benne, et j'ai continué mon chemin, les ailes noires de la liberté dans le dos.
Lorsqu'on décide de passer
du côté des plus forts, c'est un combat de chaque instant. C'est en dévalant les escaliers quatre à quatre que je me suis présenté en vainqueur au tourniquet du métro parisien. Le pass Navi'go
entre les dents, j'enjambai magistralement les barres en fer, car la technologie est toujours à la botte des plus forts. Rock'n'roll.
Seulement, être le plus
fort, ça ne s'arrête pas là. Être le plus fort, c'est être plus fort que les autres, un peu comme dans la jungle sauf qu'on est à Paris. Quand les portes de la rame de métro se sont ouvertes
devant moi, j'ai d'abord lancé un regard assassin à la petite vieille qui squattait le strapontin, histoire qu'elle bouge son cul pour faire de la place. Jouant de mes larges épaules carrées, je
parvins à me frayer un chemin. Bien qu'ayant la gueule écrasée contre la vitre, je me sentis fort à l'intérieur, moi qui pour une fois avais réussi à prendre le premier métro.
Arrivé aux Halles,
j'effaçai d'une caresse la marque des portes du métro sur ma joue droite, en tâchant bien d'arborrer une grimace de circonstances. En effet, quand on est fort, on grimace souvent, en fronçant les
sourcils. Froncer les sourcils, c'est souvent la marque de l'Homme méfiant qui considère le monde dans lequel il vit comme un monde d'embuches. Le reste du temps, c'est parce qu'il a oublié ses
Ray Ban et qu'il est ébloui par le soleil, ce qui revient un peu au même. Si, si.
Etre le plus fort, c'est
aussi une histoire de démarche. Evitons les clichés du genre "je roule des épaules parce que mes bras musclés sont trop lourds", c'est complètement has been. Non, quand on est le plus fort, on
marche bien droit, le torse en avant, comme la proue d'un bâteau qui fend les vagues de l'amertume. C'est comme ça que je suis entré dans le bus de la ligne 24, lançant un clin d'oeil au
chauffeur qui voulait dire "bonjour monsieur le chauffeur". Oui, j'oubliais, le plus fort ne dit pas bonjour, il cligne de l'oeil.
Bienveillant et avenant envers
mon prochain, je m'assois au fond du bus. Comme le fond du bus est toujours légèrement surélevé par rapport au reste, cela me permet d'avoir une vision d'ensemble sur les passagers. Ainsi, je
peux soit mieux les protéger, soit leur sauter à la gorge plus facilement. Car quand le plus fort prend le bus, c'est un aigle qui guette du haut de son aire. C'est tout de suite plus classe.