Vendredi 20 novembre 2009
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Il ne faut pas croire qu'avant le XXe siècle et plus dernièrement la crise, l'Homme du monde n'avait jamais traversé de moments délicats. Il est évident que depuis
qu'il existe, il a été confronté à des situations parfois bien merdeuses qui l'ont fait lourdement médité: la puissance du mammouth, les guerres, la crise, et l'hiver. C'est ce qui nous intéresse
aujourd'hui. Pour pouvoir faire face à tout ça et comprendre le pourquoi du comment du qui, il a cherché à comprendre ce qui se trame dedans-de-nous Comment remédier à ces états de morosité qui
surviennent dans les moments difficiles de l'hiver?
Avec le temps et l'expérience, il a enfin trouvé quelque chose. Ouf...
L'hiver est une période compliquée à gérer pour l'être
humain. Au-delà du fait qu'il fait froid, le manque de soleil provoque ce que les psychologues ont appelé "la déprime saisonnière". On sait qu'on est atteint de déprime saisonnière quand on ne
fait que penser à l'été, à la plage, aux cocktails et au rosé frais, alors que dehors il fait -3° et qu'on ne boit que café chaud. Le problème, c'est que la déprime saisonnière peut s'installer
durablement, comme du tartre sur des dents.
Comme l'Homme est ingénieux et qu'il a toujours
un tour dans son sac, il a instinctivement compris qu'il fallait un évènement hivernal susceptible de remonter le moral de tout le monde, et réchauffer les coeurs glacés par le vent, la neige et
la nuit qui tombe à 17h30. Souvent, le destin de l'humanité trouve le salut dans l'idée d'un homme...
Seul chez lui devant sa soupe à l'oignon, c'est au moment du chabro qu'un fier lyonnais eut une idée simple mais efficace: boire du vin en hiver, et en faire une fête.
Tout a commencé le 13 novembre 1951.
Depuis cette date, on fête l'un des vins les moins bons que
peut produire la France: le Beaujolais Nouveau. Même si tous les ans, on nous annonce une "année splendide" ou "un Beaujolais exceptionnel", il n'en reste pas moins un vin trop jeune, pas fini et
surtout: qui ne se conserve pas. C'est un des vins qui fait le plus débat en France. C'est pour ça qu'on "fête le Beaujolais": pour tout pomper d'un coup et qu'on n'en parle plus. "Peu importe le
flacon du moment qu'on a l'ivresse".
De toutes
façons, la fête du Beaujolais, sans se voiler la face, est surtout l'occasion de sortir de ses charentaises d'hiver pour aller boire quelques canons dans un bistrot. Du coup, tout le monde se
retrouve dans les bars pour commander des quilles de Beaujolais. On se sent alors comme en été, quand on boit des coups en terrasse, qu'il y a du monde, sauf qu'on a le corps rechauffé par la
picole plutôt que par le soleil. Qu'importe.
Le Beaujolais Nouveau est donc une fête du
vin en plein hiver, qui a pour but non-avoué de nous remonter le moral pendant les temps de glace. C'est une fête qui nous permet, l'espace d'une soirée, d'oublier le froid et la pluie pour se
concentrer uniquement sur notre bien-être.
Car finalement, le Beaujolpif n'est pas seulement un vin qui se déguste, c'est aussi un vin qui se vomit. Emporté par la foule et la bonne humeur, on en vient tous les ans à tomber des quantités
astronomiques de bouteilles, oubliant (parfois) le côté symbolique et historique d'une telle dégustation, au profit du festoiement entre amis-qui-ne-boivent-pas-que-de-l'eau.
Bref: l'art d'être français.