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Il n'est jamais évident de prendre parti. Parce que "prendre parti", ça se résume souvent à "faire un choix", et que faire un choix, c'est difficile, vin
blanc ou vin rouge, riz ou pâtes, Beatles ou Rolling Stones. Alors pour éviter de se retrouver face à tous ces choix, on "modère" comme on dit. "Modérer", c'est essayer de peser le pour le contre
dans des moments où c'est pratiquement impossible. Allez vous modérer votre tempérament quand vous êtes face au pire connard que vous connaissez, non non, décidément, la modération c'est trop
dur, autant prendre parti. Tant qu'à faire.
Pour prendre parti, généralement, il faut avoir un avis tranché. Faire preuve de confiance en soi, quelque part. Avoir un avis tranché, c'est
parfois affirmer ce que d'autres préfèreraient modérer, pour moi y'a pas photo, les rillettes Bordeaux Chesnel sont les meilleures, on n'a pas les mêmes valeurs, c'est tout. Car il est
super important d'avoir un avis tranché, sur certaines choses. Il est super important de ne pas céder ce qu'il nous reste de liberté, force à celui qui affirmera devant un parterre de
Bordeaux Chesnel qu'il préfère les Paul Prédault.
Seulement, avoir un avis tranché, c'est bien souvent sortir du lot, on se fait toujours plus remarquer quand on ne fait pas comme les autres, c'est
presque une lapalissade. L'idée, c'est alors d'avoir un avis tranché tout en sachant le modérer, de temps en temps. Il faut toujours laisser penser qu'on n'impose pas son point de vue. Tout
fonctionne comme ça: les pubs, TF1, la politique et plus largement les blogs où tout le monde impose des vérités générales (ce blog y compris) sans pour autant appeler à la révolution.
Enfin bref, tout ça pour dire que parfois, il est bon de prendre parti sur tout, surtout quand ça n'a d'incidence sur rien. C'est pourquoi il est
toujours délectable de se prononcer pour le retour de la Macarena dans les soirées en boîte, la canonisation du slip kangourou, et si moi, je donne mon précieux avis sur la saison 2010-2011 de
curling australien, j'entends bien être suivi par une horde d'adeptes qui comme moi, parieront (parce que maintenant on a le droit) sur les Hurricane Fire on Ice de Melbourne.
J'en viens au fait. Samedi, Bertrand Cantat (qu'hélas, on ne présente plus) a fait son retour sur scène, un moment rempli d'émotion et de gêne (visionnable grâce à
Youtube), mais unique pour une génération comme la nôtre, qui avons entre 25 et 35 ans. Pas évident, encore une fois, de prendre parti, parce qu'on peut être vite considéré comme un enfoiré de
première ou un naïf de seconde classe. Toujours est-il que: voilà le retour de ce qui a été un des derniers symboles du rock français.
On se revoit tous encore hocher la tête nerveusement sur l'Homme Pressé (qui passait en boum, à notre époque), kiffer le dessin-animé du
clip d'Un jour en France, apprendre le langage sourd-muet sur Comme elle vient, découvrir Brassens grâce au Roi, Brel grâce à Ces gens-là et Ferré grâce
Aux Armes. On a découvert Maiakovski et Lautréamont, ainsi que des mots comme "samovars" ou "moleskine". Leur dernier album est sorti le jour même des attentats du 11/09, etc.
Une question de génération, dira-t-on, et on aura raison, Noir Désir était à nous.
En août 2003 (l'été du drame selon Voici, le Monde et compagnie) j'étais serveur sur une plage naturiste, et malgré l'ambiance détendue de
l'époque, je me souviens du frisson d'effroi qui m'a parcouru en voyant au 13h l'atroce épisode de Vilnius, un brancard, la police lituanienne, et l'horrible et incompréhensible
descente aux enfers d'un homme que toute une génération, moi y compris, avait érigé en héros. Et j'avais pleuré, et je ne me souviens plus pourquoi, à moins que je ne m'en souvienne que trop
bien.
Mais en le revoyant sur scène ce matin, je me suis souvenu 2002, quand j'avais amené ma copine à leur concert dans des arènes surchauffées en plein été, qu'on se roulait des patins la bouche pleine de Freedent pendant Le vent nous portera, la puissance de la musique et la force des paroles sur fond de " Libérez José Bové!" .
Bref, prendre parti, ce n'est pas toujours évident, mais toujours nécessaire.
Surtout quand c'est une question de génération.