Partager l'article ! Consultation low-cost: Qu'il est dur le temps de la rentrée. Qu'il est âpre le retour de l'automne, des feuilles morte ...
Qu'il est dur le temps de la rentrée. Qu'il est âpre le retour de l'automne, des feuilles mortes et des sous-pulls en polaire. Voilà, l'été est
définitivement terminé, et avec lui se sont envolés nos maillots de bain et nos grillades de gras. C'était quand même bien pratique, l'été. On vivait à moitié à poil, se contentant de manger des
animaux grillés et de rôtir non loin d'un point d'eau. Comme notre seule préoccupation était justement de ne pas en avoir, on a vite oublié que dehors, après l'été, c'était le retour de la saison
de la crise.
Nous y voilà donc, entrant dans la pire période de l'année qui hélas va durer quatre mois (si on a du pot): celle où on change d'heure, celle où il commence
à cailler sévère, celle des premières gastros et des premières rhinos. Glander en terrasse n'a plus grand intérêt, puisqu'il n'y a plus rien à voir à part des gens pressés qui râlent et des
filles emmitouflées qui aussi, marchent trop vite pour qu'on les regarde. On se dit alors qu'on ne va jamais y arriver, que c'est beaucoup trop dur et soudain, et qu'il est urgent d'apprendre à
faire des grogs.
Difficile d'y voir clair quand on se sent submergé par le tsunami de la rentrée, mais comment faire bordel?, j'en ai gros j'en ai gros. On se dit que la solution serait d'extérioriser tout ça, de s'asseoir sur un canapé et de payer quelqu'un pour écouter nos problèmes existentiels, voilà
l'hiver et je vais encore prendre trois kilos, comme tous les ans depuis cinq ans, docteur aidez-moi, dites-moi que c'est pas grave.
Seulement, encore une fois: c'est la crise, et aller chez le psy relève du luxe le plus total, si j'avais cinquante euros à gaspiller, je préfèrerais
les mettre dans un morceau de viande et des patates à la crème. Heureusement, à tout problème il y a une solution, chaque poison à son remède. Et ce remède, il a frappé à ma porte il y a quelques
jours, quand je commençais à grelotter gaillard scotché à une tasse de thé dégueulasse: le mec de chez Ipsos à-qui-on-claque-ordinairement-la-porte-au-nez, qui, pour planter le décor, ressemblait
à peu près à ça:
Pourquoi pas, après tout? Entrez donc, oui j'ai cinq minutes à vous consacrer. Un verre d'eau? Bien entendu, posez donc votre cul là, mais gardez vos après-ski. Alors on s'assoit face à ce type, et on se dit que finalement, répondre à des questions débiles n'est peut-être pas si absurde que ça, si vous voyez c'que j'veux dire. Et force est d'avouer que c'est une expérience proche de la limite, qui m'a mis dans un état proche de l'Ohio, une consultation express pour le prix d'à peine deux bières, vous allez comprendre.
Au fur et à mesure que les questionnaires défilaient, je me suis rendu compte d'une chose: je suis sur-équipé en matos multimédia (dans la panoplie, il ne me
manque qu'un caméscope numérique) et n'y connais rien en produits laitiers, et que je ne savais même pas qu'il y avait une polémique autour de la consommation du lait (de toutes façons, j'aime
pas ça), et que dans un panneau format A3 rempli de marques de biscuits à grignoter en glandant devant la téloche, j'en connaissais 99% (le 1% restant étant une marque de produits bio, allez
savoir).
Dur dur de se retrouver face à face avec sa propre réalité. On a parfois tendance à se croire au-dessus de tout, plus vigilant que le reste du monde, alors qu'on est bien souvent un mec comme les autres qui se scotche à son canapé en foutant des miettes de bretzels sur son peignoir (moche). Heureusement pour moi, mon interlocuteur a su avoir les mots pour me remonter le moral quand je lui ai dit, désemparé, "bordel mais je suis une machine":
"- Soyons honnêtes, qu'il m'a dit, généralement les gens me claquent la porte au nez. Ils se disent que je suis un pur produit de la société de consommation, et ça leur donne bonne
conscience de me jeter avant de descendre chez le petit primeur acheter un petit foie gras produit je-ne-sais-où et une bouteille de pinard bio et dégueulasse qui a, faut bien le dire, son prix.
Le pire, c'est qu'ils ne sont même pas hypocrites, puisqu'ils croient vraiment que vous incarnez le satanisme mercantile. Au moins, dites-vous que vous avez eu la naïveté de m'ouvrir, ce qui est
quand même plus humain. Vous auriez une autre bière?
- Ouais, carrément. On se dit "tu"?"