Partager l'article ! "Danger" is my middle-name: Peu de gens le savent vraiment, mais la vie est dangereuse. Elle l'a toujours été, en fait ...
Peu de gens le savent vraiment, mais la vie est dangereuse. Elle l'a toujours été, en fait. Pensez aux hommes préhistoriques: eux, au moins, avaient
conscience que la vie était un danger permanent, que d'un coup d'un seul on pouvait se faire bouffer par un mammouth ou violer par un vélociraptor, ou l'inverse. Le danger était une composante
essentielle de l'être humain, il fallait en payer le prix pour vivre tout ce qu'il y avait à vivre. C'est pour ça que les hommes préhistoriques n'étaient pas végétariens et ne se contentaient pas
de bouffer de l'herbe: pas assez dangereux.
Alors bien entendu, "danger" veut dire bien des choses. De nos jours, on pourrait gloser pendant des heures sur le sens réel du terme, qu'on n'en
viendrait pas à bout. Et c'est bien normal: il ne faut pas confondre "situation de danger" (sortir à poil sous la neige ou chanter du raï lors d'un meeting FN) et "évènement dangereux" (prendre
une stalactite ou la garde rapprochée de Le Pen sur la gueule). Quand on y réfléchit, on affronte tout un tas de situations ou d'évènements dangereux chaque jour, sauf qu'on ne s'en aperçoit pas
tout le temps. La faute à qui? je vous le demande...
L'Homme du monde a bien compris que le danger devait être évité, même lorsqu'il est inévitable (absurdité, quand tu nous tiens). C'est pour cela qu'on
invente jour après jour de nouveaux outils qui nous permettent d'éviter les petits dangers de tous les jours: le gant pour sortir les plats du four, le passage pour piétons, la sécurité sur
le cutter, les rambardes, etc. Tout ça pour nous faire vivre plus vieux et donc, nous faire travailler plus. Pas bête la guêpe.
Du coup, bien conscient de l'absence totale de danger autour de moi, j'ai décidé de prendre les choses en main. J'ai voulu vivre dangereusement, comme mes ancêtres qui perdaient un bras à chaque fois qu'ils partaient chercher un steack de mammouth. J'ai voulu me confronter au grand, à l'impressionant, à la puissance d'une foule en délire lâchée dans le dôme du tonnerre de l'entertainment et de l'argent tout-puissant. Bref, je suis allé à Carrefour...
Chez Carrefour, vous vivez ce qu'on a appelé plus haut "une situation de danger":
dans le sens où vous ne vous sentez plus maître de ce qui vous arrive. Des caméras vous filment en train de regarder des écrans qui diffusent ce que les caméras filment. Ces écrans-là vous
parlent, vous donnent votre horoscope ou le temps qu'il va faire demain chez vous, bref: le danger est là, le danger vous observe alors que vous venez simplement acheter un pauvre cube de foie
gras Labeyrie. Adrénaline, quand tu nous tiens.
Vous déambulez dans les allées du Carrefour avec la peur au ventre. Votre regard se
pose toujours sur une "Offre Spéciale" ou un "Attention! Soldes!" qui peut vous faire vasciller. Le MacDo est ouvert 24h/24, et un faux ciel vous fait penser que si vous voulez, vous pouvez
passer votre journée ici, à dépenser votre pognon. Deux catégories de personnes gèrent clandestinement Carrefour: les vieux (qui font toujours toujours les courses) et les ados (qui aimeraient
bien aller en ville, mais Carrefour c'est plus près).
Une fois que vous avez passé les barrières "Bienvenue chez Carrefour", vous êtes dans le temple de la consommation, où est le rayon foie gras?
Vous êtes encore une fois dans une "situation de danger", puisque vous risquez à tout moment de repartir avec un écran d'ordi LCD "Hello Kitty" série extra-limitée. Mais vous faites face, serrez très fort vos mains, et sortez même votre portable, histoire de prendre quelques clichés de "vous en train de faire les courses", histoire de les mettre sur votre blog, pour meubler.
C'est alors que tombe sur vous "l'évènement dangereux". Cet évènement est vêtu de noir, cravate serrée, cheveux rasés, oreillette oreillée. Bref: un vigile.


Le danger: plus qu'un aléa, mieux qu'une distraction: une raison de vivre.