Partager l'article ! Dansons: Il y a tout de même quelque chose d'étonnant à regarder comment les choses s'entremêlent. Bien entendu, cel ...
Il y a tout de même quelque chose d'étonnant à regarder comment les choses s'entremêlent. Bien entendu, cela demande de garder un maximum de recul, ce qui
n'est pas toujours évident, étant donné qu'on essaie toujours de défendre son point de vue. Vous savez, c'est le fameux "c'était mieux avant" dont on nous rabat les oreilles dès qu'un volcan
s'endort et qu'un être s'éveille.
Prenez la danse, par exemple. Objectivement, ce n'est ni plus ni moins que l'art de bouger son body, et de renouveler sa relation avec l'espace et le temps
(bouger partout et dans tous les sens, quoi). La danse est née avec l'Humanité, et mourra certainement avec elle, j'entends celui du fond gueuler "FORCEMENT, puiqu'il n'y aura plus personne pour
danser". Et il a raison.
Jouons un peu au dis-moi comment tu danses, je te dirai qui tu es.
Je danse primitif. L'avantage de la danse primitive, c'est qu'elle ne nécessite absolument aucun cours. Quelques saccades un peu brusques et des cris
d'animaux suffisent à comprendre le principe. Un peu comme quand on est torché en boîte de nuit et qu'on lâche complètement son body sur les flows de musique qui crachent dans les enceintes. Ce
qui est bien avec la danse primitive, c'est que vous pouvez faire pleuvoir ou neiger ou, dans les meilleurs cas, être repéré par un dieu païen qui fera de vous son élu.
Je danse classique. Un peu plus évoluée, la danse classique essaie d'apporter ce qui manque à la danse primitive: un peu de classe et
de grâce. La danse classique se danse généralement avec un visage affecté et de circonstances, respectueux des codes du genre. La danse classique a tendance à s'émanciper des tutus: certaines
filles esseulées et abandonnées en boîte sur les coups de 4h du mat' s'adonnent à se plaisir innocent, en dodelinant désespérément sur la piste, mimant entre-chats et arabesques parce que de
"toutes façons, elles n'ont pas besoin des mecs pour s'amuser". Hips.
Je danse comme pépé et mémé. Grande héritière de la danse de salon et de la danse de ballet, la danse de pépé est un must-do dans toutes
les soirées où on danse sur du Julien Clerc (façon Lili voulait aller danser). Le rapport à la danse est tout autre: il s'agit de traduire par des ondulations provocatrices et sensuelles
son extrême désir pour son ou sa partenaire. Un peu comme en boîte, quand on est torché et qu'on essaie de choper la dernière fille pas trop mal du dancefloor. Et bien entendu: succès garanti
auprès de belle-maman, qui vous suppliera de la faire guincher pendant les fêtes de famille.
Je danse High School Musical. Le summum du bon goût, puisque la danse High School Musical (HSM pour les connoisseurs) est parfaitement
intégrée à la vie dnormale. Il s'agit tout simplement de poursuivre sa vie de tous les jours, mais en dansant pour aller chercher le pain, smurfant en ouvrant son classeur, moonwalkant dans les
couloirs du lycée, chantant la liste des courses, etc. Très efficace en boîte de nuit, quand vous continuez à danser sur la musique tout en discutant autour d'un verre, ce qui vous donne un air
détendu et chaleureux à pas piquer des hannetons.
Je danse rude boy. La danse rude boy rassemble toutes les autres danses solos un peu étranges. Je vise bien entendu la tecktonik
(ou Vertigo quand ça fait vomir), mais aussi la jump dance (dont vous trouverez une démonstration made in Lille ici). La jump dance, ou la
danse des pieds, est mon coup de coeur scénique de la semaine car compatible avec la danse HSM: on peut jumper tout en allant au boucher ou chercher son linge. Bref, la danse rude boy est détenue
par un groupe d'irréductibles qui font trop les beaux sur les pistes de danse, regarde-le celui là qui fait de la tecktonik sur Elton John. Trop le seum.
Je danse comme je peux. Hélas, on ne parle jamais de cette danse, mais ici on s'en fout du qu'en dira-t-on et du politiquement correct. Danser comme on peut, c'est
avant tout une déclaration d'amour à la musique, un doigt d'honneur planté dans le cul de toutes les danses sus-mentionnées. Ecarquillez vos yeux en boîte, et allez saluer les danseurs comme ils
peuvent d'une simple tape amicale sur l'épaule. Je leur recommande chaleureusement d'attendre l'heure des slows.
Je danse intérieurement. La danse intérieure est avant tout une expérience. Un stade d'ultra-conscience seulement approchable par beaucoup de
concentration et un taux d'alcoolémie dépassant allégrement les deux grammes. Installé sur une banquette en moleskine dégueulasse un verre de gin-kas à la main, vous êtes pâle et vous transpirez,
car vous ressentez la musique battre dans votre coeur. Lucide, vous pouvez poser les yeux sur les gens qui vous entourent et décrypter leur façon de danser. Un peu comme je viens de le faire
ici.