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Comme chaque fois qu'on sent la fin de quelque chose approcher, on commence sérieusement à s'impatienter. Pour passer le temps, histoire de le faire aller
plus vite, on lance un compte à rebours, qui nous obsède plus que tout au mois de décembre. Ca commence par le calendrier de l'Avent, pour finir par le célèbre mais néanmoins relou "10, 9, 8....
Bonne Annnnnéééee" qu'on hurle tout bourré dans les oreilles de ses potes, avant de se rendre compte qu'en fait, on retardait de dix minutes.
Du coup, les derniers instants de ce compte à rebours sont presque des instants de transition, des espèces de trous noirs entre le futur et le
putain-vivement-que-ce-soit-fini. C'est un peu comme le dernier tour de piste après un marathon en indoor: on se dit qu'il faut tout donner, tant pis si on se claque, faut que je magne le pas
pour passer la ligne d'arrivée. C'est aussi comme la dernière bouchée de foie de veau aux tripes dans le fond de l'assiette, allez j'avale tout d'un coup, tant pis si je vomis, ce sera ça de
fait. Bref, les comparaisons ne manquent pas pour illustrer l'état d'urgence du compte à rebours de fin d'année.
La dernière semaine de boulot est, pour cela, un défi ultime qu'il faut sans cesse relever, en cochant nerveusement jour après jour le calendrier du bonheur, celui
qui vous rapproche chaque matin des vacances. Comme quand on arrête la clope, mais à l'inverse, puisque chaque matin on se dit: "Allez, un matin de plus en moins". Vous vous dîtes que c'est la
dernière fois de l'année que vous mangez un bol de Frosties le lundi matin à 6h, la dernière fois de l'année que vous lisez un Direct Matin avec le débrieffing de la journée de ligue 1
du week end passé. One Step Beyond tous les matins.
De l'extérieur, on lit sur votre visage que vous êtes en fin de cycle. Vous êtes cerné comme un Rapetou et sapé comme Dingo. Forcément, comme c'est la dernière semaine, vous
allez à l'essentiel, vous contentant du strict minimum. C'est ce qu'on appelle: "puiser dans ses réserves". Comme vous avez prévu de bouger pendant les vacances, vous ne faîtes plus les courses à
Franprix, et mangez du surgelé tous les jours, c'est pas toujours bon mais toujours efficace. Je ne parle même pas de la lessive.
Votre bureau est à votre image: dévasté. C'est le bordel, un chat n'y retrouverait pas ses petits, d'ailleurs vous êtes
persuadé de retrouver un pote si vous vous mettez à ranger un peu le tout. Non non, en fin de cycle, il faut être malin: attendre la fin de l'année pour profiter de la bonne vague des "bonnes
résolutions" pour ranger le tout. Ne vous mettez surtout pas en tête de tout ranger avant, ça ferait doublon, ce serait dommage de gâcher de l'énergie.
Bref, ces comptes à rebours de fin d'année, c'est vraiment l'horreur.
Et encore, nous on dit ça parce qu'on a des vies plutôt normales... Relativisons: mettons-nous à la place de Jack Bauer. Vous imaginez, être toujours borderline,
putain mais il faut couper le fil rouge ou le fil bleu?, c'est surhumain. Figurons-nous deux secondes si notre vie entière n'était qu'un compte à rebours géant, comme dans 24: il me
reste 20 sec pour finir ma bière, 3 min pour aller acheter le pain, 2h pour finir le ménage, 7h43 de sommeil avant le réveil, il faut que je prenne le dernier métro à 1h30. Ca rendrait notre vie
passionante, mais à quel prix?
C'est un truc de dingue, finalement, ces fins d'année.