Partager l'article ! Impression, soleil couchant: Le soleil se lève ...

Le soleil se lève à peine dans la petite ville de
Chuparosa, et déjà John Marston ajuste ses éperons. Comme lui disait son vieil ami Landon Ricketts, l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Et dans un monde où tout est à réinventer, la
vie, l'amour, les vaches, autant dire que les journées sont vite trop courtes. C'était comme ça, le Far West, yep. John prend au passage sa cartouchière et son poncho, crache sur le
tapis du salon, et s'apprête à vivre une journée pas si banale que ça.
Si John Marston est si
matinal, c'est que ce samedi, June 12th n'est pas un samedi comme les autres, oh non. L'Homme proche de la nature et à l'écoute du monde a souvent ce genre de sensations, qui lui courent le long
de l'épine dorsale. La vie d'un cowboy est rythmée par ce genre d'épreuves qui le font chaque fois gravir un échelon supplémentaire sur l'échelle de la virilité. Les yeux plissés et tournés vers
le soleil levant, John admire la nature qui, comme lui, s'éveille aujourd'hui différemment des autres jours. Il crache sur son chien qui jape de tristesse à le voir ainsi déterminé, et s'en
va chevauchant.
Pour le coup, Marston est un cowboy
plutôt comme les autres: un de ceux qui aiment partir se mesurer à la nature sauvage et puissante du grand Ouest américain. Ainsi, une bonne journée est forcément une journée passée à
chasser le cougar à mains nues ou bien à descendre quelques banditos sans foi ni loi. On se sent plus vivant que jamais quand, le colt posé sur le front d'un violeur de vaches, on voit aussi
clair dans le fond de la nature que dans le fond du crachoir du saloon de Chuparosa. Yep.
En creusant la tombe de ce pauvre cowboy
dépassé par ses sentiments, qui aurait mieux fait de tourner dans Brokeback Mountain que de croiser sa route, John Marston a l'air grave. Il se dit qu'il vit vraiment dans un monde de tristesse
et de désolation, où même les vaches les plus innocentes ne sont pas à l'abris de la lubricité déchaînée d'un déséquilibré. "Blood and Guts", lâche-t-il, avant de cracher de tout son coeur sur la
terre encore fraîche de cet homme sans honneur et donc: sans nom.
Un plat de flageolets plus tard, dégusté
en compagnie du marshall Johnson, l'état de santé mentale de John ne s'est pas amélioré. Comme un symbole, le plat de flageolets en pleine digestion cristallise l'état de perturbation de Marston,
qui, l'estomac et le coeur serrés, n'arrive même plus à cracher. Il ne verra plus le soleil se lever de la même façon, tout dépendra de ce soir, il le sait, nous le savons, vous le savez, ils le
savent. On aura beau dire on aura beau faire, il y a toujours des choses auxquelles on est mal préparé, même quand on est le plus le fier des cowboys de Californie.
Si John Marston est rompu aux exigences
de la vie de cowboy et a appris à chiquer dès son plus jeune âge, force est de constater qu'il est passé à côté d'une partie de sa vie. Quand on perd ses parents très jeune, retrouvés scalpés
dans les collines de Punta Orgullo, on ne fait pas de crise d'adolescence, c'est comme ça. Aujourd'hui l'attend donc une épreuve nouvelle. Bref, ce soir, Bonnie MacFarlane, la douce Bonnie aux
cheveux d'ange et à la cuisse légère, organise un bal, et hélas, John ne sait pas danser.
Pour l'occasion, John a mis son plus beau
costume, celui que son père portait quand il a été retrouvé dans les collines de Punta Orgullo. Mises à part quelques tâches de sang au niveau des épaules, l'ensemble lui va comme un gant.
Concentré, il sent le poids des années s'écouler en polissant la montre gousset qui lui a prêté le marshall Johnson. Pour la première fois depuis une vingtaine d'années, Marston laisse son colt à
la maison, et met une fleur de camomille sauvage à la boutonnière.
Heureusement, pour se redonner courage dans les moments de doute, l'Homme a inventé la
téquila. Prenant son courage à deux mains et Bonnie par la taille, ça y est, John danse! C'est pas si compliqué que ça, en fait, un peu comme le rodéo mais sans le lasso et la
poussière.
Enfin, John Marston tente de réconcilier le cowboy solitaire qu'il a toujours été et le gentleman qu'il tente de devenir. Il se laisse aller à quelques mots doux, tout en essayant de glisser sa main sur la fesse rebondie de Miss MacFarlane.
Hélas pour John, si son pas de danse n'est pas si mauvais que ça au final, quelque chose chez lui déplaît
fortement à Bonnie MacFarlane. Serait-ce son haleine de coyote bourré ou bien son langage vulgaire de vieux garçon? Non, bien sûr que non, Bonnie n'est pas ce genre de filles. En revanche,
supporter un homme qui crache sur sa belle robe blanche à chaque fin de phrases, ça, c'est au-dessus de ses forces...