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Le truc, c'est qu'on est toujours dans l'attente de quelque chose: la fin de la journée, la coupe du Monde, les soldes, l'été, etc. Ce sont ces
attentes qui, finalement, rythment nos vies. Plus on a d'attentes, plus notre vie est remplie, ce qui paraît logique, je vous laisse imaginer la vie de celui qui ne vit que pour les Coupes du
Monde de foot, en stand-by pendant quatre ans avant la révélation. L'attente, c'est ce qui nous caractérise nous, les Hommes du Monde, on en a même fait l'expression courramment usitée, "y'a plus
qu'à attendre".
Petit, on attend principalement deux choses: le Père Noël et notre anniversaire. En gros et pour faire simple: on attend d'être gâté, parce qu'on est petit,
qu'on est des nains dominés par nos désirs, et que rien ne vaut un bon camion Playmobil. En grandissant, le Père Noël, on s'en fout un peu, alors on se crée de nouvelles attentes, c'est dans la
suite logique des choses, quand est-ce qu'on mange, c'est quand les vacances, et j'en passe.
Quand on est prépubère, on n'attend qu'une chose: vieillir. Ce qui peut paraître normal, car personne ne peut supporter bien longtemps d'avoir la voix
qui mue, le sourire barré par une ligne de fer, on aimerait que tout ça se termine, que l'acné nous laisse tranquille et que nos poils se mettent (enfin) à pousser, histoire d'avoir l'air (un
peu) moins ridicule.
Alors quand arrivent nos 18 ans, c'est de la patate. A nous le bac, la fac, le permis de conduire, le droit de picoler, de fumer, de dormir
nus avec des filles nues, de s'habiller comme on veut, bref: la vie, la vraie. Quand on y réfléchit un chouia, on atteint à 18 ans (et pendant les quelques années qui suivent) le climax de nos
vies d'enfant, puisqu'enfin, on a à portée de main plus que de quoi combler nos désirs. C'est l'époque des "expériences", parce qu'il faut pas mourir con. Enfin, pendant cette courte période que
les vieux appellent la "jeunesse", c'est plus la peine d'attendre.
Quelques comas éthyliques plus tard, on se réveille vieux. Malgré toute notre bonne volonté, on n'arrive plus à enchaîner plus de trois nuits blanches, il
nous faut un vrai lit pour dormir (même bourré), on commence à croire en des conneries comme l'ambition, la fidélité et le travail.
En un mot, on se réveille moins jeune, on a perdu notre "carte étudiant" de chez Quick et le tarif "découverte" de la SNCF. Parce que le jeune coûte cher et nous fait chier à rentrer à 5h du mat' alors qu'on bosse le lendemain, on a décidé qu'à partir d'un certain âge, on devenait vieux ou pire: jeune adulte.
Heureusement, il existe l'expérience de l'immaturité. L'expérience de l'immaturité, c'est cet état psychologique de plus en plus répandu, qui permet à de plus en plus de personne de résister à la pression du temps qui passe et de ses attentes. Exemple(s).
L'immature expérimenté apprécie, comme à ses 18 ans, le confort glacé du carrelage d'une salle de bain. Parce qu'il est expérimenté (justement), il n'a pas essayé de faire croire que tout allait bien, et préfère donc dormir sagement à côté de la cuvette pour limiter les risques de débordement et surtout: faire un nécessaire retour sur lui-même pendant que les cacahuètes jouent au trampoline dans son estomac, parce qu'il a appris à connaître son estomac aussi bien que les cacahuètes.
L'immature expérimenté, en effet, apprécie toujours la cacahuète, mais, contrairement à la personne qu'il était à 18 ans, sait y voir un oasis de soulagement. L'expérience, d'habitude mère de sagesse, lui a enseigné à se gaver de cacahuètes (même si c'est pas bon) avant de plonger le nez dans les mojitos, confectionnés avec amour, feuille de menthe, sucre de canne et Badoit.
Car l'immature expérimenté sait ce qu'est le travail bien fait, le plaisir de piler une feuille de menthe, avec des glaçons, de doser savamment le rhum et la Badoit. Ainsi, il ajoute à la joie de boire le bonheur de préparer, de savoir repousser l'attente (donc le désir, faut suivre) afin qu'à la sortie, grâce aux bulles, le vomi ne fasse pas trop de tartre derrière les dents.