Mercredi 3 février 2010
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Dame Nature, comme chacun le sait, est une dame très indépendante.
En gros: elle fait absolument ce qu'elle veut et quand elle le veut. Ce qui en fait parfois une Dame difficile à suivre: il suffit que ça lui pète dans un coin de la tête et hop, il fait froid,
on se les gèle. Capricieuse, elle peut d'un seul coup changer d'avis et ensoleiller le ciel et réchauffer nos peaux gercées. Avec Dame Nature, on ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre tant
elle est changeante. Finalement, Dame Nature est une femme comme les autres.
Alors pour essayer de prévoir ses actions et réactions,
l'Homme a, au fil des ères, trouvé plusieurs trucs et astuces. Par exemple, quand il s'est rendu compte qu'une fois par an les arbres perdaient leurs feuilles, l'Homme a vite compris qu'il était
peut-être temps de se préparer au froid, de ranger les pagnes pour enfiler de bonnes peaux de bêtes doublées gore-tex.
L'hiver arrive donc fatalement, quand les feuilles
des arbres ont fini de tomber. Enfin, pas de tous les arbres, mais on va pas chipoter, c'est pour les besoins de la démonstration. Tout gèle, et si on n'a pas fait de provisions, on est fort
dépourvu quand vient la bise. Chasser? Pas évident, à cause de ces histoires d'hibernation. Eh oui, il fut un temps où les animaux étaient bien plus malins que les Hommes (enfin, pas tous, mais
on va pas chipoter, etc).
Trois mois s'écoulent donc. Trois mois pendant lesquels on a la peau qui pèle, les dents qui claquent et la barbe qui gèle. Trois mois à
manger pas grand chose, si ce n'est quelques pommes de pin infusées dans de l'eau chaude. Forcément à l'époque, on n'avait inventé ni la raclette, ni la tartiflette, et encore moins le vin chaud.
C'est peut-être à ce moment-là que l'Homme a appris la patience et l'abstinence. Qui sait.
Heurement, tous les ans à la même époque, Dame Nature nous envoyait des
petits clins d'oeil l'air de dire "fini de se geler les loulous, le printemps arrive". Comme avec une vraie dame, un clin
d'oeil est toujours porteur d'espérance, et avec le temps (nous sommes au Moyen-Age), l'Homme a su l'interpréter. Ce clin d'oeil, c'était le signe de la fin de l'hibernation. Tous les ans, comme
un métronome, les animaux se réveillaient, et pouvaient se remettre à chasser et à être chassés. C'était le cas, notamment, de l'ours, animal préféré de la culture française (si, si).
Bon, on est bien d'accord, quand un
ours sortait d'hibernation crevant la dalle, il ne valait mieux pas tenter de l'accueillir avec une banderole et une ola à sa sortie de la tanière. Se présentaient deux possibilités:
- soit il sortait un jour de mauvais temps, et tout allait bien, l'hiver était fini c'était le retour du string, yipi-yeah,
- soit il sortait un jour de beau temps et, effrayé par la vue de sa propre ombre (quel con cet ours), il retournait se terrer pendant quarante jours, synonyme d'un hiver qui se prolongerait.
Alors, pour marquer le coup quand il sortait pour de bon de sa tanière, on avait pour coutume de se déguiser en ours dans les rues, de festoyer et de ripailler comme des
sales. A l'époque, autant vous dire qu'on savait s'amuser. Pour être sûr de ne pas se rater, on a arbitrairement fixer une date, le 2 février, peut-être parce que 02/02 c'est facile à retenir.
Peut-être pas.
Le problème fut alors qu'avec
la mode grandissante du christianisme, les autorités en robe voyaient d'un mauvais oeil ces fêtes païennes où on se déguisait en ours pour se pochetronner comme des animaux. Du coup, on s'est dit
qu'à la place, on fêterait quelque chose de plus classe et lumineux, une histoire de Vierge Marie qui se purifie et qui voit la lumière. On a appelé ça la Chandeleur, comme un Chandelier, comme
les Cierges qu'on allume pour fêter ça comme une bonne grenouille de bénitier.
C'est pour
cette raison qu'à la Chandeleur, on fait des crêpes, petit disque doré symbolisant le soleil, la chaleur, le printemps, les filles en fleur, les plages bondées, les longues soirées d'été et le
pastis. En plus, comme faire des crêpes ne revient vraiment pas cher, il était assez facile de convaincre tout le monde de l'adopter. Sinon, il y avait toujours la torture ou la castration par
arrachage (le fun, toujours le fun).
Cela dit, ce n'était pas tout à fait suffisant pour éclipser notre belle fête de l'ours, de telle sorte qu'elle a continué à
survivre dans quelques régions (dont les Ardennes) sous le nom de Chandelours (quand je vous dis qu'on savait s'amuser).
Ce qui est étonnant, c'est que malgré la tentative de récupération chrétienne de cette sauterie en l'honneur de l'Ours, le truc de la fin de l'hibernation a
survécu, comme si c'était inhérent à l'être humain.
Aux Etats-Unis, l'ours est remplacé par la marmotte, dont on oberve l'hibernation avec la même attente. C'est le cultissime film Un Jour sans Fin, avec Bill Murray
journaliste envoyé pour commenter le Jour de la Marmotte. Et quel jour tombe le jour de la Marmotte? Le 2 février.
Je suis tout à fait d'accord, l'ours, ça a plus de gueule que la marmotte. Chacun son truc.
Par Nico
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Publié dans : Le blog qui dit tout sur rien
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