Partager l'article ! La Grande Bouffe: Parler de ce qu'on ne connaît pas est un sport difficile. Même s'il est de bon ton de se tenir au ju ...
Parler de ce qu'on ne connaît pas est un sport difficile. Même s'il est de bon ton de se tenir au jus de l'actu' mondiale, force est de constater que parfois, ça
peut s'avérer super chiant. J'ai déjà essayé, l'espace d'une journée, de rester branché toute la journée sur le site de l'AFP, histoire de m'immerger à bloc dans le monde en perpétuelle évolution
dans lequel nous vivons. C'est une activité que je vous recommande chaudement, si vous n'avez rien de mieux à faire.
Parce qu'en fait, l'actualité, sans tomber dans du cynisme primaire, c'est avant tout une affaire de mode. Riches qui volent aux pauvres, montée de
sécuritarisme, priapismes présidentiels (le sexe et la politique, éternelle love story) et j'en passe. Il s'agit de pas rater le coche, sinon on est has-been, comme avec les fringues. Y'a six
mois, j'ai zappé les premiers rebondissements Betancourt, j'ai donc dû passer six mois devant le JT sans rien comprendre. Faut faire gaffe, quoi.
La mode, c'est le dictateur. En ce moment, le dictateur se porte déchu, les yeux bandés et enfermé dans un bunker. Le dictateur se porte lourdement, trop
lourdement en ces temps presque printaniers. Bref, le dictateur est gras, et avec l'été en ligne de mire, c'est la chasse au gras. Alors pour parler sérieusement "dictateur", il faut être un
minimum professionel. Ce que je ne suis pas, bien évidemment. Du coup, dans les conversations "dictateurs", pas évident de sortir son épingle du jeu. A moins de parler de ce qu'on connaît.
Prenez la Poutine, par exemple, et apprenez à parler "dictateur" sans parler politique.
Je ne vais pas tourner longtemps autour du pot, la Poutine est un plat, mais pas n'importe lequel. Grâce à la photo suivante, essayez de deviner les différents aliments qui composent cet élégant plat québécois:
La Poutine, c'est une déclaration d'amour au gras (voyez comme ça brille). La Poutine, c'est simplement des frites à l'huile, nappées de fromage fondu, re-nappées
de sauce au gras (gras + bouillon de boeuf + huile). On dit souvent que le mélange de saveurs peut être néfaste pour l'organisme, la Poutine nous prouve le contraire. Comment ne pas résister à un
plat aussi séduisant, qui se mange comme on fait l'amour: avec les doigts et la bouche.
Les Elfes avait le lambas (ce pain dont la moindre bouchée vous nourrissait pendant trois jours), les Hommes ont la Poutine. Pour m'être un peu renseigné, il
existe un tas de recettes différentes pour faire une bonne Poutine. Il n'y a qu'une seule exigence: du gras, encore du gras, toujours du gras. Il faut que tous les aliments qui composent votre
Poutine comporte au moins 50% de matière grasse, sinon on se moque de vous.
Ce qui est fascinant, c'est que personne n'a jamais revendiqué l'invention de la Poutine. Les dicos sont
étymologiquement hésitants, et les historiens se sont lancés dans ce qui est devenue "la querelle de la Poutine". C'est presque politique. Alors que bon, quand même, admettons que la Poutine est
un hymne à la liberté contre la dictature de la maigreur. C'est un pied-de-nez aux régimes amincissants, une lueur d'espoir pour tous les amateurs de gras qui se cachent pour dévorer, tard dans
la nuit, une bonne tartine d'huile et lécher un pot de confit de canard.
Poutine for all.