Vendredi 4 décembre 2009
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La philosophie, discipline érudite qui consiste à comprendre ce qui fait qu'on est comme on est, est
une des disciplines les plus craintes du baccalauréat. Homme du monde soucieux de la réussite des futures générations qui paieront ma retraite, il est de mon devoir de leur apporter, autant que
possible, la lumière sur certains débats philosophiques intéressants, mais bien trop obscurs. Futurs bacheliers, à vos notes.
Kant et le bonheur de l'apéro
La vie a ses mystères qu'il appartient à
l'Homme de vouloir percer. Ou pas.
Pour l'aider à affronter la vie avec force et courage, les Hommes ont vite compris qu'il fallait se réunir, afin de partager leurs peurs, leurs souffrances, mais aussi leurs joies. Pour cela, il a créé le bistrot. Pour cela, il a créé
l'apéro. L'apéro, saint moment de la journée où, enfin, l'Homme se laisse aller à son propre plaisir, satisfait d'avoir survécu à une journée de plus.
Pendant l'apéro, son esprit libéré par le Ricard et la bière, il se laisse aller à quelques divagations sur le sens de la vie, de l'amour, de la mort. Un peu émêché et joyeux d'avoir fini sa
journée, il se pose des questions philosophiques qui, bien entendu, ne trouvent jamais de vraies réponses.
Eléments de réflexion.
Quand on est en plein apéro, on se dit souvent que
le bonheur serait un apéro éternel, entouré de ses potes de sa famille, de l'amour, etc... Avoir un foie en béton, une carte de crédit illimitée et des cacahuètes à foison. Attablés dans un
bistrot, on se dit que comme ça, la vie serait vraiment parfaite et qu'on nagerait dans le bonheur le plus complet. Seulement, on termine souvent la discussion par une phrase du genre "Enfin,
bref...", lancée d'un ton qui trahit la déception et même la tristesse. A cet instant, on touche du doigt la philosophie Kantienne.
En effet, heureusement que Kant est là pour nous remonter le moral.
Si Kant était à l'apéro avec nous dans ces moments-là, il nous remonterait le moral ainsi:
Il nous ferait remarquer que pour l'instant, au
moment où on parle, notre conception du bonheur serait un apéro éternel sans jamais vomir de cacahuètes. En même temps, il nous ferait remarquer que ce bonheur-là, ne serait peut-être pas le même
dans d'autres circonstances.
Par exemple, si nous vivions dans un monde sans alcool, comment pourrions-nous savoir qu'il ferait notre bonheur? Dans ce cas-là, qui sait, peut-être qu'une partie de pétanque en buvant de la
menthe-à-l'eau suffirait à nous combler. Et les enfants, qui n'ont jamais bu d'alcool, n'ont-ils pas droit au bonheur eux-aussi?
Non non non, concluerait-il, on ne peut pas sortir des phrases du genre "Le bonheur, ce serait que", car le bonheur est une chose super indeterminée qui dépend d'un tas
de choses. S'il fallait à la fois tenir l'alcool pour l'éternité, avoir assez de bouteilles pour le faire, et avoir tous ses potes avec soi tout le temps, vous imaginez bien que le programme est
(trop) chargé. Penser au bonheur, donc, c'est satisfaire son imagination, et pas sa raison, car on sait pertinemment que tout ceci est irréalisable. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on boit.
Mais forcément, on n'est pas sur terre pour s'emmerder tout sa vie. Ce serait trop nul.
Alors, tout au long de sa vie, l'Homme va naturellement chercher à s'approcher de son idée du bonheur. Seulement, le problème est que si chacun veut son propre bonheur personnel, on ne
comprendrait plus rien.
Si pendant un apéro, untel veut du Ricard, l'autre de la bière, celui-là du sky, et lui de la vodka, ce serait le bordel le plus total. On se bousculerait au comptoir, on se gueulerait
dessus, les uns empêcheraient les autres de fumer, etc etc.
L'idée, donc, c'est de travailler au bonheur des autres.
Dans un bar, si mon voisin veut vraiment qu'on commande du Ricard alors que je préfère la bière, et que je sens qu'il en a plus besoin que moi de bière, je vais devoir céder à sa volonté. Si dans
la queue des chiottes, un homme a plus envie de pisser que nous, il faut le laisser passer devant nous.
C'est logique: le bonheur, c'est s'aimer soi-même, et s'aimer soi-même est indissociable de l'amour que nous portent les autres. Je ne peux pas vivre dans le bonheur si tout le monde me déteste.
MAIS si jamais je fais en sorte que les autres m'aiment bien (en les laissant passer devant moi dans la file des chiottes à la turque) alors quelque part, je me rapprocherais du bonheur.
Si je fais en sorte d'être le camarade de beuverie parfait avec une morale irréprochable, qui tient les cheveux de ses potes dans les toilettes, je me fais aimer des autres donc je contribue à
leur bonheur et, indirectement, au mien. Mais je ne fais que m'en approcher. C'est pour ça que le lendemain, je recommence.
Lors de la prochaine leçon, nous verrons comment Nietzsche peut nous aider à combattre la gueule de bois.
Par Nico
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Publié dans : La vie: Mode d'emploi
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