Dimanche 7 mars 2010
7
07
/03
/Mars
/2010
16:42
Selon le docteur Freud et ses copains, la régression est le passage d'un état psychique avancé à un état plus archaïque. En gros, c'est passer de l'état
adulte à l'état enfant en l'espace de quelques secondes, alors que le contraire se fait en plusieurs années. En cela, la régression est quelque chose de fascinant, c'est l'évolution en sens
inverse à vitesse grand V. C'est un peu comme en bagnole, quand, alors que vous roulez tranquille en quatrième, vous rétrogadez d'un seul coup en seconde en voulant passer la cinquième.
La régression guette l'être humain dans tous ses faits et gestes: rire en entendant le mot "suspect", se sentir les aisselles en réunion de travail, mettre ses
mains sur les yeux de quelqu'un pendant qu'il conduit, faire une connerie et dire "c'est pas moi", les exemples ne manquent pas on pourrait y passer la nuit.
La cuisine régressive est à la cuisine ce que Michael Youn est à la télévision: un espace de joie, de bonheur et d'amusement, ou le plaisir de manger-sale et le
raffinement ne font plus qu'un. Avantage premier de la cuisine régressive: elle se mange avec les doigts (ou au pire avec une cuillère, plus régressive que la fourchette car elle peut aussi faire
fonction de catapulte).
Parcours de la semaine:
Lundi soir, après les devoirs
Le célèbre oeuf à la
coque. Super facile à faire, puisqu'il faut seulement un oeuf, du pain, du beurre et une montre. L'oeuf à la coque, c'est l'incournable du "putain il reste plus rien dans le frigo, ah si: un
oeuf". Je pense que c'est exactement ce que c'est dit le mec qui, un jour, a eu la supême idée de l'inventer.
D'ailleurs, j'ai cherché un peu l'origine de l'expression, et je n'ai rien trouvé de bien convaincant. Personne n'est vraiment d'accord, certains disent que c'est parce que
l'oeuf est cuit "dans sa coque", d'autres prétendent que c'est une invention des maîtres-coqs (cuistots) dans les bâteaux, et les psychanalystes n'y voient qu'une manifestation inconsciente du
sexe débordant et décomplexé (inutile de vous faire un dessin). Petite idée tuning: pour le goût, ajoutez un peu de gruyère râpé sur le tout.
Mardi midi, avant mes deux heures de sport
Encore plus
facile que l'oeuf à la coque, le sacrosaint plat de coquillettes au beurre tombe tout seul dans l'estomac. C'est le repas des champions, une spécialité des cantines, qui tolère toutes sortes de
variantes: au beurre, ou à l'huile, ou aux deux.
Le plat de pâtes, c'est le plat régressif par excellence, quand on s'en fait de grosses platrées mal cuites. Parce qu'un plat de pâtes al dente, c'est de suite moins
régressif car plus glamour. Je ne parle même pas des frimeurs et leur brin de persil "pour la couleur", puisque c'est le seul truc qu'on ne mange pas. Pour le goût, ajoutez un paquet de gruyère
râpé sur le tout.
Mercredi soir, après l'entraînement de foot
On commence à toucher du doigt le fin du fin avec le bien-aimé hachis parmentier (Antoine Parmentier, importateur de la patate, le saviez-vous). Rien de tel pour se
casser le ventre à s'endormir avant la fin du repas.
Ce qui est génial avec le hachis parmentier, c'est qu'il ne se fait pas en portion individuelle, ceux qui vous soutiendront le contraire sont des menteurs. Non, le hachis
parmentier, qu'on soit 1, 3 ou 5, il faut toujours en faire pour 15. Pas parce que c'est meilleur réchauffé, simplement parce que c'est meilleur quand on a mal au bide à la fin.
Pour le goût, ajoutez un paquet de gruyère râpé sur le tout.
Jeudi midi, à la cantine
Restons
dans les incontournables: le steak haché-riz du jeudi midi (pour plus de musicalité et de rime). Le steak haché, c'est la viande régressive par excellence, puisqu'il ne nécessite aucune cuisson
particulière: il est aussi bon presque cru que trop cuit, tout dépend comment on veut digérer.
D'ailleurs, pendant qu'on parle digestion, pensez à accompagner votre steak de riz (trop cuit), pour une production plus compacte qui ne laissera aucune trace. Sinon,
toujours pareil, petite idée tuning: pour le goût, ajoutez un paquet de gruyère râpé sur le tout.
Vendredi soir, devant la Ferme Célébrités
Le poisson pané, en fait, c'est un mélange de tout le pas-bon du poisson: les yeux, la queue et les arêtes. Mais comme tout est broyé et pané et que c'est joli comme ça, ben on
s'en fout de ce qu'il y a dedans. En plus, si on adore le poisson pané, c'est parce qu'il est toujours noyé sous une tonne de purée Mousseline (complètement régressive elle aussi) et de
mayonnaise.
Le poisson pané-purée est un plat régressif classique et ludique, puisqu'avec la cuillère, on peut s'amuser à tout écraser pour tout mélanger (poisson/purée/mayo)
en faisant des bruits bizarres avec la bouche (genre "pruuuuuiiiiiiiit"). Evidemment, pour le goût, ajoutez un paquet de
gruyère râpé sur le tout.
Qu'on ne vienne pas me parler de finesse du palais ou de cuisine moléculaire, puisque la base de la cuisine est là, sous nos yeux et qu'elle ne demande pas des dons
particuliers mais seulement un brin d'imagination si on veut jouer avec son manger (ce qui est possible avec la cuisine régressive).
La cuisine régressive comble tous les désirs et les besoins de l'être humain qui, de temps en temps, a envie de se laisser aller: il remplit le bide à en vomir et reste
tout de même amusant et attachant, grâce à sa simplicité et un paquet de gruyère râpé.