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"- Bonne journée, et surtout: bonne soirée!"
C'est ce que m'a dit le petit épicier chinois (ou koréen, ou autre, asiatiaque, quoi) dans un français parfait lorsque j'ai quitté son échope ce matin, sur les
coups de 9h ~9h30 (l'heure à laquelle tout se passe). Alors bon, si la journée ne s'annonçait pas si bonne que ça, la soirée promettait des seaux et et des seaux de joie et de bonheur en tout
genre, le chinois avait raison au moins pour ça...
J'allais donc le nez au vent et la capuche sur la tête, souriant à qui voulait me sourire, mon petit paquet des frères Tang à la main. Un sac jaune,
avec inscrit dessus le sigle du bonheur culinaire quand on adore ignorer ce qu'on mange (une des particularités de la bouffe chinoise). Les frères Tang, j'en ai déjà parlé ici, c'est une sorte de monopole de la bouffe chinoise en prêt-à-emporter, un peu comme s'il existait des frères Monoprix, mais en chinois
(ou koréen, ou autre, asiatique, quoi).
Aujourd'hui à Paris, il a fait un temps un peu merdique. Enfin, "merdique", disons plutôt qu'il a fait beau "plusieurs fois dans la journée", ne soyons pas
défaitiste. A Paris quand il ne fait pas beau, tout le monde fait la gueule: les gens dans la rue, les gens dans les magasins, les gens à l'arrêt de bus. Par esprit de solidarité, même les gens
bien au sec dans leur bagnole super chère font la gueule. Cela dit, mauvais temps ou pas, j'avais décidé d'avoir la banane, quand on veut, on peut.
Bien entendu, cette bonhommie exacerbée a bien une explication, il faut pas croire que je suis devenu témoin de Jéhova ou un truc du genre. Quand on dit que le bonheur vient comme par hasard, c'est souvent des conneries pour qu'on continue de jouer au Loto. Non, la bonne humeur du jour est due à ce que j'appelle "le syndrome Air France". "Le syndrome Air France", c'est se sentir super heureux, alors qu'on vit une journée un peu pourrie, un vendredi pluvieux, qui plus est. Le syndrome Air France, tout le monde l'a éprouvé un jour ou l'autre, j'en suis persuadé.
Le syndrome Air France, c'est se lever à Paris sous la pluie à 6h du matin, mais en ayant conscience que quelques heures plus tard, d'un coup d'Air France, on peut se retrouver sur une plage des Caraïbes en train de râler contre la chaleur et les mojitos trop chargés. Le syndrome Air France, c'est l'histoire du bâton et la carotte, mais avec une carotte en or fourrée au foie gras.
Parce que plage des Caraïbes ou pas, de toutes façons, je savais dès ce matin, rue du faubourg Saint-Martin, que j'allais finir la journée en maillot de
bain. Et ça peut paraître simple comme raisonnement, mais commencer une journée en pull-sous-pull-Damart en sachant qu'on la finira en moule-bite, ça remonte le moral. Car le maillot de bain,
quoiqu'il arrive, est synonyme de quiétude et de sérénité (cf: massage, plage, mer, etc).
Et toute la journée, je gardais ce syndrome Air France en tête. Toute la journée, qui fut plus longue, plus bruyante, plus pluvieuse (ça fait deux fois
"plus") que prévu, j'essayais de ne pas perdre de vue que ce soir, j'allais me retrouver en maillot de bain dans une chaleur moite et étouffante. Je fermais de temps en temps les yeux, me prenant
la tête dans les mains pour me rassurer, ce soir tout ira mieux tu verras, ce soir tout ira mieux tu verras.
En rentrant tout à l'heure, trempé de sueur (ou de pluie, ou les deux), je poussai enfin mon premier soupir de satisfaction. Nous y étions, cette soirée tant
attendue, que je fantasmais ce matin rue du faubourg Saint-Martin, était enfin arrivée. Il y a toujours quelque chose de rassurant à se dire que si parfois le temps peut paraître long, il finit
toujours par s'écouler.
Comme prévu, j'enfilai mon maillot de bain, réglai le chauffage sur 9 - chaleur tropicale, et ouvris avec délicatesse mon petit paquet jaune des frères Tang:
A moi les grillons grillés et la chaleur du Vietnam: ce soir c'est Koh Lanta.