Partager l'article ! Les Amours du Jaune: Chaque période de l'année apporte avec elle son lot d'attentes et donc: de frustrations. Plus les mois av ...
Chaque période de l'année apporte avec elle son lot d'attentes et donc: de frustrations. Plus les mois avancent, plus le temps change, donc: plus il nous faut changer aussi. Il y a à peine
six mois, par exemple, on aurait aimé pouvoir lâcher nos bonnets et nos slips en gore-tex. Et six mois plus tard, voilà qu'on cracherait pas sur une bonne dose de froid, histoire de souffler un
peu, et d'arrêter, l'espace de quelques minutes, de transpirer comme des cochons.
L'été apporte avec lui une angoisse bien particulière. Une angoisse que l'été seul nous apporte, alors que cela nous semblait si futile il y a
six mois.. L'été, un élément de base nous montre son extrême importance, un élément de base sans qui l'apéro est pratiquement impensable: le glaçon. Ben oui, le glaçon, c'est
l'outil number one de l'apéro, bien devant les olives. Quel plaisir de siroter un verre de rosé ou de ricard en faisant tinter son glaçon... Sauf quand...
Tristan des Corbières n'est pas un gars comme les autres. Ben oui, comme tous les gars pas comme les autres, Tristan est poète. Et comme tous les poètes, Tristan est un type plutôt chelou, hanté et habité par ses démons avec qui il tente tant bien que mal de cohabiter.
Tristan des Corbières naît en 1983, dans le sud de la France, une région où il fait bon boire comme un trou dès que le thermomètre dépasse les 23°. Ainsi, Tristan
aime à errer de terrasse en terrasse, buvant un demi par-ci, un whisky par-là avec ses fidèles amis de biture. Car il y a bien une chose qui permet à Tristan d'oublier ses problèmes, c'est bien
de se retrouver avec ses potos à picoler toute la soirée en gobant des cacahuètes.
Tristan des Corbières est ce qu'on appelle "un mec à apéro", un de ces gars qui,
l'heure venue, se transforme en vraie citerne à ricard. L'espace d'une soirée, il arrive à oublier sa pauvre condition d'homme mi-alcolo, mimosa. Cela dit, tout ça c'est bien joli, mais il y a
toujours, dans un coin de sa tête, un truc qui coince. Forcément, puisqu'il est poète...
Tristan a une haine profonde de ce qu'il appelle "le mec anti-apéro", l'homme qui, présent dans tous les apéritifs, fait mine de faire partie du groupe. Il rit, il boit, il mange, il raconte des blagues plus grasses les unes que les autres, mais il ne dupe pas Tristan qui, du coin de l'oeil, l'observe.
Notre poète le voit bien aller et venir, taper dans l'épaule d'untel pendant les parties de pétanque! Notre poète le voit bien aller et venir au frigo,
prendre une bière, la vider, et en reprendre une! Il le voit bien s'amuser à s'exploser des glaçons sur le front pour faire rire les copains! ALORS il voit bien, lui, poète maudit des temps
nouveaux, commettre l'irréparable, l'inexcusable en période d'apéro estival!!
Il voit que cet homme-là, malgré toute sa bonne humeur, est coupable de la plus grosse erreur que l'on peut commetre: il ne remet pas au frais.
Honte à lui, celui qui se croit maître de l'apéro, et qui ne remplit pas le frigo!
Honte à lui, l'homme qui se croit maître de la boisson, et qui ne refait pas de glaçons!
Enervé mais néanmoins poète, Tristan des Corbières saisit son stylo et une feuille, afin de coucher ses impressions sur le papier, sonnet inversé qui restera dans les annales de la littérature française:
Le Ricard
Un ricard dans une nuit sans air...
L'été plaque dans un verre
Les promesses d'une bonne biture.
... Un ricard; comme un écho, tout vif,
Servi, là, au milieu de l'apéritif...
-Il se tait: Viens, ça sent la grosse bavure...
-Pas de glaçon! Mais quelle frayeur,
Comment est-ce que je te boirai?!
Vois-le, ricard tondu, sans frais,
Rossignol de l'apéro... -Horreur!-
...Il ne chante pas. -Horreur!! - Horreur pourquoi?
Vois-tu pas son oeil tout jauni...
Non: il s'en va, chaud, dans l'agonie.
.....................................................................................................
Bonsoir - cet homme sans ricard, c'est moi.
Tristan des Corbières, Les Amours du Jaune, 2010
au vrai Tristan Corbière