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Le principe, c'est qu'on ne peut pas toujours répondre à toutes les questions qu'on se posent. Vous imaginez, ce serait bien trop simple si il existait une
réponse-à-tout, une sorte d'oracle trop fort capable de changer le plomb en or, ou de nous expliquer comment réussir les pâtes al dente à tous les coups.
Non, non, non, décidément, l'humanité se doit de rester dans l'ignorance pendant un certain temps avant de trouver la lumière, c'est comme ça et pas autrement, cherchez pas.
Quand on se pose une question et qu'on n'y trouve aucune réponse, l'usage est de demander à son voisin, qui demandera à son voisin, etc.
L'humanité entière fonctionne sur ce principe, qu'on nous rabâche depuis notre plus tendre enfance, j'en sais rien demande à ton père.
Parfois, ce n'est qu'au terme de dizaines d'années de réflexion et de recherche qu'on trouve enfin une réponse plausible et satisfaisante, ahhh mais c'est bien sûr, quel con de ne pas y avoir pensé avant.
Prenons un exemple tout bête.
Vers la fin des années 1800, ce qui ne nous rajeunit pas dirait ma grand-mère, Paul V. accoudé à une table vermoulue d'un bar glauque, constatait avec
tristesse:
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville.
Imaginons qu'à ce moment il faisait un temps de chiotte, et que Paul V. n'était pas au mieux de sa forme, mais avouez tout de même que c'est moins classe dit comme ça.
Paul V. poursuit sa réflexion:
Mais quelle est donc cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
Paul V. constatant la froideur de la météo et son moral en baisse, se demande, bien évidemment, d'où lui vient cette tristesse qui refroidit son coeur, tiens ça rime, peut-être que c'est fait exprès, décidément un homme étrange.
Eh ben j'ai envie de dire hourra, j'ai envie de dire "Paul, ne t'en fais pas, la réponse existe enfin".
En effet, la question étant passée de génération en génération, on peut aujourd'hui apporter une réponse claire et précise, étayée avec la plus grande justesse, du mal-être de Paul V. à cet instant précis de 1874. Car ce que Paul ignorait à l'époque, c'est l'existence et les vertus de la luminothérapie.
La luminothérapie est un usage thérapeutique de la lumière, qui explique que celle-ci est capable d'influer positivement sur la santé psychique d'un sujet, et
c'est pas en restant affalé sur un comptoir, Paul, que tu aurais pu le savoir. Car ce dont tu souffrais, c'est bien de dépression saisonnière, due à un changement de climat que ton organisme a eu
du mal à gérer, si tu le sais pas tu peux pas l'inventer.
C'est donc le manque de soleil et de beau temps qui nous pousse, comme il a poussé Paul à l'époque, à déprimer tristement, versant des larmes
amères venant se mêler à l'amertume d'une pinte de bière bien fraîche. C'est maintenant de notoriété publique: le temps qu'il fait influe considérablement sur notre moral, le domaine
météorologique s'étend désormais sur le dedans-de-nous.
C'est très facile à observer, il n'y a qu'à se promener un peu dans la rue, et voir fleurir les sourires et les mines réjouies par le retour du printemps, du soleil et des apéros en terrasse. Ah ça c'est sûr, si Paul V. s'était torché plus souvent sur une terrasse qu'au fond d'un rade pourrave, sûr qu'il aurait été moins dépressif. Mais bon, encore une fois, il pouvait pas savoir.