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Il paraît que c'est une question d'économie d'énergie. Comme on est déjà de gros gaspilleurs, on a décidé de limiter un peu la casse en essayant de gratter un
peu plus d'énergie solaire. C'est pour ça que, deux fois par an, on change d'heure. Là par exemple, on vient de "perdre" une heure, ce qui en y réfléchissant ne veut pas dire grand chose quand on
pense à l'économie d'énergie que c'est censé nous apporter. Si on se projette un peu dans le futur, ça veut dire qu'en changeant d'heure on économise la planète et donc qu'on pourra y vivre plus
longtemps, alors arrêtons deux minutes de nous plaindre. Non mais.
En fait, c'est Benjamin Franklin qui
en avait eu l'idée, de ce changement d'heure, et faut dire que malgré tout, ça a mis un sacré bordel. Si l'objectif premier de Franklin était effectivement de nous faire économiser de l'énergie,
il avait un peu zappé quelque chose, tout intelligent et brillant qu'il était: comment convaincre le monde entier d'adopter son changement d'heure? Déjà que c'est assez la merde avec les
décalages horaires, qu'est-ce qu'il nous veut celui-là, ce sadique qui doit forcément avoir des actions chez Swatch.
Par exemple pendant la sombre
période de l'Occupation, il a suffit que le gouvernement provisoire laisse tomber le changement d'heure pour semer un peu plus la confusion. La zone libre était à l'heure d'été alors que la zone
occupée restait à l'heure allemande, suivant où on habitait sur la ligne de démarcation, on pouvait faire face à de gros soucis, pour l'ouverture des magasins, les horaires des programmes
télé, et je vous raconte même pas quand les résistants tentaient de se donner des rendez-vous ultra-secrets, merde, mais tu parles de quelle heure, là? Zut, faut que je raccroche. Et
cætera.
Tout ça pour dire que bon
voilà, on vient de perdre une heure. Mais une heure de quoi, finalement? Une de rien, en fait. Le dernier dimanche de mars, on avance effectivement nos montres d'une heure, ce qui fait que, de
fil en aiguille, on couche une heure plus tôt et que forcément, on se lève aussi une heure plus tôt. En bons râleurs, on se plaint donc de perdre une heure de sommeil, mais on oublie qu'en se
couchant une heure plus tôt l'équilibre est rétabli. Bref. Le problème est ailleurs.
Le problème, c'est justement
ce week end du changement d'heure, où on ne sait pas s'il faut se coucher à 18h ou se lever à 14h, on est pertubé, on se ronge les ongles, on déprime, en un mot: on devient fou. Afin de nous
rendre la chose plus facile à vivre, on a décidé de nous mettre ça un week end, pour éviter qu'on se plaigne, et à une heure où (généralement) tout le monde dort: entre deux et trois heures du
mat'. Mais mais mais...
Toutes ces questions
restent bien sûr sans réponse, car le changement d'heure est en réalité un des derniers tabous de notre société moderne, comme l'échangisme chez les pingouins nains ou l'alcolisme chez les
enfants de moins de douze ans.
Le lendemain matin dimanche, on est
alors transporté dans une autre dimension: on a raté Téléfoot, il fait jour plus tard, le journal de 13h est à 14h non mais c'est quoi ce bordel. On vit dans un stress énorme, parce qu'on ne se
souvient plus si on a mis toutes les pendules à l'heure dans l'appart, on se rend compte que notre vie dépend des horaires, et celle-là, elle est changée ou pas? Et l'horloge du frigo? Du
micro-ondes? Du portable? Du décodeur? De la live box? Peut-on vraiment faire confiance à l'horloge parlante?