Samedi 13 février 2010
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L'art de la communication par le langage est beaucoup plus complexe qu'on pourrait le croire. En effet, de nos jours, il suffit d'ouvrir la bouche en
direction de quelqu'un pour transmettre un message, eh passe-moi le pain, merci, tu finis pas tes patates?
C'est déjà ça, car n'oublions pas qu'il y a bien longtemps, avant le langage, la communication passait par les gestes: allez mimer un morceau de pain, vous verrez que ce n'est
pas si simple, les longues parties de Pictionnary sont là pour en témoigner.
En inventant le langage, on a inventé tout
un tas de règles grammaticales, héritage bâtard du latin, du grec et d'un tas de langues oubliées qu'on nomme langues "indo-européennes" par chez nous.
Une même base linguistique qui a donné toutes les langues européennes qu'on connaît aujourd'hui, le français l'italien, le roumain ou le hongrois. Point commun de toutes ces langues: le
vouvoiement, qui n'existe pas chez les amerloques et a disparu chez les anglais. Pourquoi donc?
Un peu d'Histoire. Vers la fin du IIIe
siècle, l'empire Romain s'étend de l'Ecosse à l'Egypte, ce qui fait un bon bout de chemin. Comme à l'époque le texto et le jet privé n'existaient pas, on a décidé de diriger l'empire de façon
collégiale, à plusieurs, en mettant un chef A par-ci, un chef B par-là.
Du coup, quand on s'adressait au chef A, on s'adressait en même temps au chef B, solidarité oblige, d'où le vous, comme si on s'adressait à un chef à deux têtes, une
sorte de frères siamois du pouvoir. Ce qui fait que les chefs se nounoyaient, parlant d'eux à la 1ere personne du pluriel, pire qu'Alain Delon et son "il vous en prie", ce qu'on oublie
souvent.
C'était bien joli, mais ça n'a pas duré longtemps. Rapidement, l'empire romain, à force de s'étirer a fini par claquer comme l'élastique d'un vieux slip et, pour tenter
de garder la face on a voulu gardé ce vous. Le vouvoiement est donc resté, depuis, comme un marque de politesse, hérité de cette époque antique où on s'adressait aux grands chefs à la 2ème
personne du pluriel. Alors parlons comme des grands du monde, des seigneurs de la vie, et tartinons-nous de vous en laissant le tu aux barbares impies.
Petit bon dans le temps, nous
sommes maintenant en février 2010, il est 12h37 au Quick des Halles, à Paris, ancienne capitale du monde et de la courtoisie. J'ai bien dit "ancienne". Bref. Comme il n'y a jamais de place dans
ce foutu Quick, je m'installe à côté d'un mère de famille blonde et de ses deux gamines blondes aussi. Au début tout allait bien, les gamines jouaient avec leurs frites, maman tentait tant bien
que mal de limiter les dégâts une serviette à la main, quand soudain, maman s'énerve...
.... "Eugénie, terminez vos pommes frites
s'il vous plaît".
Quoi? Comment? On vouvoie encore ses gosses de nos jours? Quelle bonne idée!, me dis-je en sirotant bruyamment mon Fanta XXL. Vicieux, je m'amuse donc à suivre le repas de cette petite famille,
bien plus intéressant que le mien. Je n'avais pas rêvé, j'étais bien en compagnie d'un des dernières mères de famille qui vouvoie ses gosses, quelle émotion. Le foulard burberry et la bagouze de
vingt mille carats ne m'avaient pas interpelé, quel naïf je suis.
Le repas avance, et Eugénie a terminé ses frites. Comme elle avait encore faim,
elle saisit violemment les potatoes de sa petite soeur qui joue avec du ketchup. Normal, c'est ce qu'on appelle la priorité de l'âge. Quand soudain, les paroles de cette jeune gamine de 7 ans
m'écorchent les oreilles "Alice, vous avez terminé? Je peux manger vos pommes frites?". Sur le coup, j'avale de travers ma bouchée de Giant. Là non plus, je n'ai pas rêvé, à côté de moi, une
gamine de 7 ans vouvoyait sa soeur de 4. Faille spatio-temporelle.
Etais-je en présence d'une de ces vieilles familles dont l'arbre généalogique remonte jusqu'à Jules César? Ou bien ces trois blondes étaient-elles les derniers membres du club du vous?
Les impératrices d'un nouveau pays? Ou bien y avait-il quelqu'un que je n'avais pas vu qui était systématiquement inclus dans la conversation?
C'est donc perdu dans mes pensées, ma maman ne m'a jamais vouvoyé moi, pourquoi? ,que les regardant d'un air béat, et écoutant Eugénie vouvoyer sa petite soeur Alice, j'ai par mégarde roté la fin
de mon Fanta XXL. Désolé, tout le monde rote en finissant son soda, car avec le "slurp" final on aspire en fait plus d'air que de liquide, bref, allez expliquer ça à des enfants qui se disent
vous...
"- Maman, qui est-ce?
-Un barbare."
L'Histoire finit toujours par nous rattraper.
Par Nico
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Publié dans : Aventures low-cost
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