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J'ai toujours eu un gros faible pour ce qu'on appelle les Perdants Magnifiques. Vous savez, ce sont ces gens à la limite de devenir des
idoles, et qui finalement, trébuchent avant d'arriver en haut de l'escalier du starsystem. L'histoire des perdants magnifiques est toujours géniale et rassurante à connaître. Loin de l'idée reçue
selon laquelle il y a les génies et les autres, les perdants magnifiques nous montrent qu'on peut être un génie et ne pas retrouver sa caisse un soir de biture.
Il y a un petit mois, est sorti sur les écrans un
rockumentaire exceptionnel sur les plus grands loosers de l'histoire du rock, peut-être les plus grands perdants magnifiques qu'il existe:
Tous les plus grands noms du
hard metal s'accordent pour dire qu'Anvil fut une source d'inspiration énorme pour eux. Tous s'imaginaient voir Anvil au top du top, loin devant tout le monde. C'est sur quelques prises de
paroles de Lemmy (Motorhead), Slash (Gun's n' Roses) et Lars (Metallica) que commence le documentaire, et sur des images d'archives montrant Anvil au faîte de sa gloire, il y a quarante ans. Sauf
que...
Anvil reposait sur le talent
de deux musiciens copains d'enfance, qui avaient juré dans la cour d'école de faire du rock ensemble jusqu'à la fin de leurs jours. Lips, le chanteur, était connu pour ses grimaces, mais surtout
pour jouer avec un godemiché comme mediator. Pas facile, vous essaierez. Robb, son copain siamois, était à l'époque un des (si ce n'est LE) meilleur technicien à la batterie. Cheveux longs,
pochettes designées, trouvailles musicales, tout était fait pour qu'ils réussissent, et pourtant...
Anvil est un
groupe qui joue de malchance depuis plus de trois décennies. Quelque part, si certains groupes ont eu la chance d'être là au bon endroit et au bon moment, nos gentils Anvil ne l'ont jamais eue.
Trente ans après leurs derniers faits d'armes, le docu nous propose de retrouver Robb et Lips, la cinquantaine bien tassée, qui vivotent de petits boulots en attendant toujours que la gloire
viennent frapper à leur porte. Entre deux parties de badmington, dans le jardin derrière la maison, ils se prennent encore à parler loges et contrats juteux, et rêvent encore d'enregistrer
Thumb Hang (pendaison par les pouces), morceaux sur l'Inquisition espagnole restée dans les cartons. Mais bon...
Mal (ou pas du tout) payés pour faire des festivals pourris en Roumanie car ils ne déplacent que dix personnes, obligés de dormir dans les gares
parce que la manageuse a "oublié" de réserver les places de train, tentant désespérément de réunir assez d'argent pour produire leur treizième album, Anvil accumule toutes les galères possibles
et imaginables, et ça fait trente que ça dure. Mais ils y croient encore, galériens mais jamais ridicules, ce qui force notre respect.