Lundi 2 novembre 2009
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Manger est l'une des fonctions principales de l'Homme (avec dormir). En effet, si l'Homme
doit survivre, il a fallu qu'il comprenne rapidement qu'il devait se nourrir (et courir vite, accessoirement). C'est pourquoi il s'est mis à cueillir des baies dans les arbustes et à chasser ce
qu'il pouvait. Ainsi, il pouvait subvenir aux besoins de toute une tribu et par voie de conséquence: être viril. Donc: ce qui était à la base un pur besoin naturel (ne pas mourir de faim) est
devenue avec le temps une donnée sociologique ultra-importante (se faire une réputation de chasseur et donc: choper).
Ben oui, au départ, pour chasser un mamouth avec deux pierres et un bâton taillé en pointe,
fallait se lever de bonne heure. Surtout qu'à l'époque, on ne peut pas dire que les stratégies et les idées-chasse étaient très développées. Alors du coup, quand par magie on réussissait à tuer
un pauvre petit marcassin qui devait suffire à la tribu entière, ben on était quand même content. Ben oui, quand on vivait à l'âge de pierre, on ne faisait pas la fine bouche (tout le monde
mangeait de la viande crue, et pis c'est tout). Les filles n'étaient pas aussi compliquées, et se contentaient de mangeailler sagement sans causer de "calories".
A l'époque, quand on voulait draguer une fille qui nous plaisait bien, une simple attention alimentaire suffisait. Bon parfois, il fallait l'accompagner d'un petit coup de massue
derrière la tête, mais pas de quoi fouetter un chat. On lui ramenait donc une petite cuisse de sanglier, et on partait la dévorer salement derrière un buisson avant de conclure (ou encore une
fois: le petit coup de massue). A l'âge de pierre, une simple cuisse de sanglier nous suffisait
pour conclure. On s'en foutait bien d'avoir les doigts tout gras, du moment qu'on partageait des moments d'intimité au coin d'un feu, lovés dans une peau de sanglier dont on venait de manger
les petits.
Quel bonheur, cette douce innoncence! En purs rousseauistes, nous ne faisions qu'un avec la nature, et nous nous congratulions de faire partie du même monde en même temps. Alors on
mangeait grassement des animaux avec les doigts avant de partir nous rouler crapuleusement dans les fourrés sans s'être lavés les dents avant. Maintenant, le dîner amoureux se passe
différemment... C'est beaucoup plus subtil...
A l'époque, un rencard amoureux reposait essentiellement, comme on l'a vu, sur la nourriture à partager :
"Femme nourrie, à moitié dans ton lit", dit un très vieux proverbe. De nos jours, on peut rarement se vanter d'avoir chassé ce qu'on a dans l'assiette, et il faut jouer toutes ses cartes sur
les autres tableaux: être charmant, intelligent, humble, bien sapé et amusant: "Femme qui rit, à moitié dans ton lit", dit un proverbe plus moderne.
Seulement les codes de la drague ont beaucoup (trop) évolué. Avant l'étape "coin du feu/peau de bête", il y a les étapes "main dans les cheveux" puis "baiser sur
la bouche". C'est là que ça se complique: comment voulez-vous passer la main dans les cheveux de votre rencard si vous venez de dépieauter une caille avec les doigts? Comment voulez-vous
espérer embrasser votre rendez-vous du soir si vous venez d'engloutir huit douzaines d'escargots à l'ail (que vous avez aspirés bruyamment)?
Rassurons-nous, tout ça s'explique: il y a des millions d'années, l'Homme ne savait pas faire grand chose, à part grogner et se taper sur le ventre. Indulgentes,
les femmes lui pardonnaient. Des millions d'années plus tard, l'Homme ne sait toujours pas faire grand chose, à part grogner et se taper sur le ventre devant la télé. Par la force des choses,
les femmes ont dû élever leur niveau d'indulgence.
C'est ce qu'on appelle l'évolution, et c'est ce qui explique notre sempiternel train de retard.
Ahhh, les femmes...
Par Nico
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Publié dans : La vie: Mode d'emploi
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