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Ce qui est bien avec la mode, c'est l'idée de changement. Un peu comme avec les saisons: si on était en été pendant des mois, au bout d'un moment ça nous
saoulerait. On en aurait fait le tour des plages, des cocotiers et de transpirer sur un siège de voiture. L'idée de changer tous les trois mois, au moins, a pour avantage de nous surprendre avant
qu'on ne se lasse. Le changement sert à ne pas s'enfermer dans la routine et de ne pas laisser les toiles d'araignées se fixer sur nous.
Le problème avec la mode, du coup,
c'est qu'à force de changer et de tourner, ça lasse. Un peu comme un manège, ça va bien cinq minutes, mais au bout d'un temps on en vient vite à avoir la gerbe de tourner sans cesse. De la même
façon, on peut très vite se lasser des effets de mode, se demandant à quoi ça sert de s'acheter des pompes à la mode si c'est pour se faire traiter d'has-been trois mois plus tard. Alors bien
entendu, on peut remiser toutes ses fringues dans l'espoir qu'elles deviennent un jour vintage, mais rien n'est moins sûr.
Le chanteur qui ne dure
pas, quelque part, est un chanteur du présent, super dans sa mode. Les exemples foisonnent, de la moustache/mulet de Pierre Billon aux coupes en brosses de Benny B en passant par les t-shirt "coupe du monde 98" du
rap-français-génération-Zidane ou les slims des tecktoniks (déjà morts au bout de 6 mois), tout dans leurs apparences transpirent leur époque. Qu'on soit chanteur dans les années 60, 80 ou 90, et
si on a le malheur de choisir un style à la mode de son époque, il faut être bien sûr qu'on est foutu au fur et à mesure que le compteur tourne.
Sebastien Tellier ne sera
jamais has-been, tout simplement parce qu'il n'est pas dans le présent, mais plutôt entre le passé et le futur, ce qui n'est pas tout à fait pareil.
Musicalement, on est bien loin des vocalises à la Kenza Farah ou des instrus genre Mozart l'opéra rock. En fait, on est entre le temps lointain des synthés-glamour des Beach Boys et
autre Aphrodite's Child (le premier groupe de Demis Roussos), et les sons électros futuristes des Daft Punk. Rien de bien vraiment "à la mode 2010", mais plutôt entre les deux. Très entre les
deux. Comment voulez-vous être considéré comme has-been alors que vous êtes entre ce qui n'existe plus et ce qui n'existe pas encore?
Tous les trois mois, environ, sort un
nouveau clip de Tellier, qui chaque fois me fait saliver de joie et m'oblige à écouter encore et encore son album en boucle. L'univers déployé dans ses clips est à l'image de sa musique. Au
regard des quatre clips sortis jusqu'ici (Divine, Roche,
Kilometer, et le dernier fabuleux, L'Amour et la Violence réalisé par Roman Coppola, le fils de), on est partagé entre
de l'ultra-technologique et l'ultra-sensuel.
Enfin, Tellier a choisi
une apparence qui consolide le tout. On ne voit ni son visage, ni ses yeux, ni sa bouche: seulement une silhouette, ce qui désamorce d'entrée les réflexions du type "merde, encore lui et sa
gueule".