Partager l'article ! Rencontre du troisième litre: Arme ultime contre la morosité de la rentrée, l'esprit de fête n'est jamais loin. Alor ...
Arme ultime contre la morosité de la rentrée, l'esprit de fête n'est jamais loin. Alors on dit souvent que l'esprit de fête n'est qu'un esprit de biture et
de cacahuètes molles, mais c'est, bien entendu, des conneries.
On dit aussi que faire la fête, c'est bien, mais que la vie, la vraie, n'est pas une fête, ce qui n'est, bien entendu, pas faux. Du coup, il faut savoir allier ces deux concepts, et trouver une harmonie totale entre le monde dans lequel on vit ,et l'envie irrépressible de tout oublier.
Pour cela, l'esprit de fête a inventé le "clubbing", ou "clubbin'" pour les plus feignants. Le clubbing, c'est une façon plus internationale de dire qu'on
sort en boîte. D'ailleurs, soit dit en passant, l'adoption du terme "clubbing" plutôt que "sortir en boîte" est lourde de sens: auparavant on admettait sortir dans des boîtes (donc sortir
s'enfermer, ce qui sonne un peu faux), maintenant on club', ce qui est tout de même beaucoup plus classe.
Seulement, clubber, ça coûte vachement cher. Il faut bien se saper en respectant des codes super strictes, avoir les dernières pompes à la mode, les mêmes lunettes
de Kanye West et la coupe de cheveux de Rihanna (ou l'inverse). Du coup, il ne reste que peu d'argent pour faire ce qu'on est venu faire: boire jusqu'à plus soif, boire pour oublier qu'on ne se
souviendra de rien le lendemain. L'alcool festif n'est pas à portée de toutes les bourses, surtout quand on vit à Paris, faut bien l'avouer.
En plus, Paris voulant toujours être à la pointe de ce qui se fait de plus top au
niveau national, on sort beaucoup en semaine. Nombreuses sont les soirées organisées un lundi soir (???) ou un mardi (???!!??), et entre le métro-boulot-dodo, ou le métro-sono-Malibu coco, il
faut bien choisir. Le choix est, hélas, bien vite fait, et on s'oblige à se coucher à 22h, pendant que d'autres commencent à peine l'apéro. C'est triste mais c'est comme ça, vive le film du lundi
soir sur la 6, la 3, NT1, TMC, Direct 8, etc...
Heureusement, il y a une réponse à tout, même au clubbing, et c'est ce matin, dans le bus 24, que je m'en suis rendu compte. Il était relativement tôt,
environ 7h30, et c'est encore les yeux plein de couscous (vous saluerez l'image) que je me dirigeais vers le taf'. C'est toujours plus sympa de regarder par la fenêtre, il y a quelque chose de
rassurant à voir les autres gens partir aussi au boulot, qui plus est en marchant pendant que vous roulez tranquillement.
C'est en tournant à l'angle du Napoléon que j'ai aperçu, accoudé au comptoir, un homme, qui paraissait soixante ans, alors qu'il ne devait en avoir que cinquante.
La trogne rougit par le froid (enfin, je crois), l'oeil encore vif, il sirotait un bon demi-litre de bière, et avait l'air heureux. Mais c'est bien sûr! Cet homme que j'ai vu l'espace de quelques
secondes, n'était ni plus ni moins qu'un des chantres de ce qu'on pourrait appeler "le clubbing discount de jour".
Le clubbing discount de jour, c'est donc se mettre la race dès l'heure du lever, juste avant d'aller bosser. Ce qui a beaucoup d'avantages: pas de dress-code
hyper select et pas besoin d'une liasse de billets dans la poche (et on arrive à l'heure au boulot, même si on pue un peu du bec). En effet, un bon vieux gilet moche (mais dans lequel on se sent
bien) et un billet de dix euros suffisent pour vous faire vivre en parfait clubber sans vous empêcher d'aller bosser.
Alors bon, c'est vrai que d'un autre côté, l'ambiance n'est pas la même, et
qu'on ne choppe pas les mêmes nanas au Régine à 3h du mat' qu'au Napoléon à 7h30.
C'est vrai aussi que dire que "ouais, hier matin j'étais au Napoléon, on a fait des rapidos jusqu'à midi",
c'est moins classieux que dire "hier au Buddha Bar, Bob Sinclar a mis Paris Hilton à poil", mais que voulez-vous? That's life, dans la vie, on ne peut pas tout avoir, être philosophe, ça
s'apprend.