Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 14:29
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     Ne vous est-il jamais arrivé de penser que certaines personnes se croisent sans se remarquer? Ne vous êtes-vous jamais dit que deux personnes, malgré le temps qui les sépare, aurait dû se rencontrer? Avez-vous déjà ressenti ce petit air de déjà-vu, en voyant quelqu'un qui vous rappelle étrangement une personne que vous avez connue il y a fort longtemps? Alors, dans ces moments-là, on rêve d'être une sorte de magicien, et de faire en sorte que ces deux personnes se connaissent ou se reconnaissent. On voudrait pouvoir abolir le temps et les époques, pour que tout soit à sa bonne place: Cléopâtre et Napoléon, Vercingétorix et José Bové, Paris Hilton et elle-même en plus jeune.

    Ce sentiment, je l'ai ressenti pas plus tard qu'hier soir, quand, affalé devant ma télé, j'ai eu ce qu'on appelle une révélation. Finalement, la personne que je voyais à l'écran me rappelait étrangement une autre vue ce week-end. Il est temps de les réconcilier.



Max, je te présente Conan. Conan, voici Max.






Animalité


AAA

    Mad Max et Conan, dans le fond, sont une seule et même personne. En effet, au début de leurs aventures, le policier Max Rockatanski et le jeune Conan sont deux êtres pétris de générosité et d'amour pour leur prochain. Mais, alors que des millénaires les séparent, c'est un seul et même évènement qui va se produire et bouleverser leur vie, à savoir le massacre de leur famille.
     Effet de vases communicants: pendant que Conan perd ses parents, Max perd sa femme et son gosse. Si loin, et pourtant si complémentaires. Dés lors, Max Rockatanski devient Mad Max, et Conan un Barbare. Ces deux êtres battus par la vie, animés par la même vengeance, vont avoir recours aux mêmes solutions: abbattre sur les meurtriers le bras violent de la Vendetta, à grand coups de fusil (Mad Max) ou de glaive (Conan), pour faire le ménage dans deux mondes éloignés mais tout autant apocalyptiques. Ces deux personnages parlent peu, mais agissent beaucoup, et c'est là le plaisir.




Difformité


BBB
      Conan le Barbare et Mad Max se détachent des autres héros par leur univers tout en violence et en grossièreté. Ces deux personnages et leurs deux mondes sont tout simplement énormes, dans le sens propre du terme, à savoir "hors de la norme".
      La difformité de Mad Max s'exprime intérieurement : il faut voir le calme qu'il garde quand il propose au jeune méchant, à la fin de Mad Max I, de se couper la jambe ou bien de mourir brûlé attaché à sa voiture. Pas un sourire sadique, par un haussement de sourcils: Max est dénué de tout sentiment humain. C'est comme ça, fallait pas le chercher. Chez Conan, la difformité est physique, ce qui s'explique dès le début du film, lorsqu'un subtil flouté nous fait comprendre qu'il pousse des trucs super lourds pendant des années. On comprend mieux pourquoi, d'un seul coup de poing, il étale littéralement un chameau. Lui non plus faut le chercher, surtout quand il est bourré.
      La difformité est aussi le point commun de leurs deux mondes, hostiles et peuplés de créatures et d'hommes affreux et horribles :
Humungus le calciné dans Mad Max 2, Ironbar le costaud qui porte le vieux nain dans Mad Max 3, Thulsa Doom l'Homme-Serpent dans Conan le Barbare, Thoh-Amon l'Homme-Singe dans Conan le destructeur. Heureusement, Conan et Max, tels des nettoyeurs des temps maudits, sont là pour faire le ménage.




Modernité


CCC

      A des siècles d'écart, dans deux mondes fantasmés (le futur pour Mad Max, l'heroic-fantasy pour Conan), une filiation évidente s'impose à nous. Et si, quelque part, Mad Max n'était autre que le prolongement de Conan, un Barbare version 2.0?
     Ce n'est pas si bête, quand on pense que, derrière ses épaules de camionneuse et ses réflexions binaires, se cache derrière Conan un éternel enfant, tel qu'il était quand sa famille fut massacrée. Le jeune Conan trouve en Max un pair et un père, celui-ci ayant appris, en revanche, à contenir et à maîtriser ses émotions pour les laisser exploser dans un déchaînement de violence et de cambouis.
     D'un point de vue vestimentaire, la continuité est assurée, puisque les peaux de bêtes que porte fièrement Conan le Barbare deviennent l'attirail en intégral-cuir de Max, prouvant que si l'ère de la technologie est passée par là, Max et Conan n'en ont pas moins les mêmes goûts pour les peaux d'animaux.
      Musicalement enfin, la musique fantasy de Conan qui voltige autour des têtes coupées est remplacée par le bruit des moteurs vrombissants et assourdissants de Mad Max, comme le symbole de l'écrasement du rêve par la machine: alors que Conan se construit une vie au travers de ses aventures sanglantes, Max est de plus en plus désenchanté. Vases communicants, again: l'un se remplit pendant que l'autre se vide.


Enfin, après des années de séparation, voilà mes deux grands héros enfin réunis pour l'éternité, au-delà  de la moiteur d'un vidéoclub.


Par Nico - Publié dans : Le film de la semaine - Communauté : Tel est le monde !
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