Partager l'article ! Zone 51: La rentrée scolaire n'est pas qu'une torture horrible pour des millions de gens, obligés de troqu ...
La rentrée scolaire n'est pas qu'une torture horrible pour des millions de gens, obligés de troquer le moule-bite en néoprène pour le cartable en
cuir. De nos jours, c'est dépassé de râler le moment de la rentrée venu: c'était bien au XXe siècle, mais plus maintenant qu'on est en 2010 et que la fin du monde est pour bientôt. Non non non,
désormais, la rentrée scolaire, c'est rebelotte pour les résolutions... Comme une seconde chance pour ceux qui, la dernière fois, les avaient prises complètement torchés au champagne, la cravate
autour de la tête et le pantalon sur les chevilles.
Le jour de la rentrée scolaire, c'est presque pire, puisque personne n'est torché. C'est donc avec le plus grand sérieux que l'un arrête la clope, l'autre le
gras, pendant qu'un troisième exhibe sa carte d'abonnement au club de sport de son quartier. Tout le monde se souhaite bonne chance, ce qui n'est pas le cas lors des résolutions de janvier ou
c'est plutôt "chacun sa merde", convenons-en, si si. Parce que ce qu'il y a de bien pour les résolutions de septembre, c'est qu'on veut vous aider, à plusieurs on est plus fort, on le fera
ensemble, etc (vous connaissez le refrain).
Moi, j'ai réussi à commencer le Ricard, et pourtant, c'était pas gagné.
Quand on commence ou arrête quelque chose, on est envahi par la sensation ultra-étrange et grisante d'appartenir à un nouveau club, le club des gens qui ont
un point en commun (au choix donc: clope, bière, vin, sport, viande, mots-fléchés, etc). Et ça marche dans l'autre sens, regardez les non-fumeurs, les végétariens, et les autres: ce qui
compte, c'est d'avoir quelque chose en commun. En ce qui concerne le Ricard, je pensais que le club se résumait à "ceux qui aiment le goût de l'anis qui cogne à 45°", mais j'avais tout faux,
j'étais juste un ignorant, un jeune Padawan perdu dans une forêt de Jedis.
Alors bon, on m'avait bien prévenu: attention, c'est pas évident de commencer quand on a toujours détesté (un jour, à force d'aimer ce qu'on déteste, on
boira de la pisse). Quelque part, ça demande même une extrême souplesse d'esprit de se dire qu'on va essayer, voire apprécier. Les premiers verres ne se font pas tout seuls, il faut être
accompagné, avoir quelqu'un de confiance dans le coin pour vous mouiller la nuque ou vous repêcher (toujours cette entraide qui habite les résolutions de septembre). Vous grimacez et avalez sans
plaisir, gardant en tête, tant bien que mal, la résolution que vous vous êtes fixée.
Et soudain, on réussit: le Ricard fait entièrement partie de vous, à tel point que vous avez oublié qu'avant vous détestiez ça. Enfin! Vous pouvez porter les
t-shirts superbes "je préserve la couche d'eau-jaune" et sortir un bob Ricard sur le crâne sans aucune honte! Quand vous rentrez dans un bar, vous pouvez enfin gueuler "un jaune!" au tavernier
sans préciser à voix basse "je voulais dire: un Orangina ssiou plé". Je me prends à causer plus facilement aux buveurs de Ricard, observant "leur" Ricard: très foncé/très glacé, très dilué/très
glacé ou très foncé/chaud, tu préfères le 51 ou le Ricard? Et le Bardouin alors?
Quand on y réfléchit, qu'on les tienne ou pas, les résolutions servent avant tout à nous faire découvrir des choses nouvelles, l'odeur de la transpiration, de
l'anis ou d'un pull qui ne pue pas la nicotine. Ca, c'est le pouvoir des résolutions de septembre, d'autant plus que quelque part, on n'a que trois mois à tenir avant les prochaines résolutions
officielles, celles de janvier. Finalement, il est pas si con, celui qui a foutu la rentrée scolaire en septembre. En plus, de toutes façons, on commence à se les geler sur la plage.