Blog 'N' Roll

       Le samedi, Gédéon et moi, on aime bien aller au marché. Afin de ne pas se lever trop tard, on règle le pacemaker de Gédéon sur 7h. Le temps de le doucher et de l'habiller, et généralement, on est complètement en place pour aller clubber au marché le plus proche sur les coups de 8h. A cette heure-ci toutes les petites vieilles du quartier sont de sortie, et mon Gédéon peut donc se rassurer en constatant que son sex-appeal fonctionne toujours. Quelques endives, quelques poireaux, et trois asperges (pour grignoter) plus tard, et on est de retour pile pour Motus (mon Gédéon connaît tout un tas de mots de six lettres).
C'est comme ça que ça se passe, le samedi matin. Enfin, normalement.



Seulement ce matin, je n'ai pas entendu mon Gédéon-réveil, dont la sonnerie était en fait couverte par les ronflements de ténor de mon petit vieux préféré. J'essuie délicatement le petit filet de bave courant sur ma joue droite, tourne la tête et regarde le réveil: zut, il est déjà 13h, c'est mort pour les endives, les poireaux, et les plans drague de Gédéon.
Constatant avec effroi que je venais de perdre toute une matinée d'activité, il fallait réagir vite, très vite.
Y'a des samedis comme ça, où dès le réveil l'aventure appelle, et il faut prendre le train en marche.





     Le matin au réveil, Gédéon aime bien que je lui fasse la lecture des "nouvelles du monde", comme il dit. Depuis le scandale de la mort de De Gaulle y'a deux semaines, il tient à prendre les devants, histoire de prévenir une nouvelle désillusion. Tous les matins au réveil, donc, je lui lis la biographie wikipédia de ses personnalités favorites, pour qu'il mette à jour ses fiches.
C'est comme ça que ça se passe le matin. Enfin, normalement.



     Alors que je lisais la biographie complète de Gérard Holtz, que je restais tranquillement dans les rails d'un réveil réussi, mon esprit aventurier m'amena à cliquer sur un lien alléchant intitulé La vérité sur Gérard Baste. Toujours à la recherche de la vérité, en tant que bon français, je décide de laisser Holtz et Gédéon de côté. Que cache donc Gérard Baste?



    Gérard Baste, comme j'en ai parlé dernièrement, est un des membres du Svinkels, un groupe de rap rigolo, rappant dans les champs de houblon la gorge pleine de 1664. Gérard Baste, c'est le chef de file de ce nouveau courant du rap, entre autodérision, punchlines à tous les niveaux et instrus surpuissantes.
En plus de ses qualités musicales incontestables, Gérard Baste, c'est aussi une personnalité. Le pote qu'on
aimerait tous avoir, aimant les jeux vidéos, la bière, les mauvaises blagues et poser en slip kangourou sur les photos.



     La vérité sur Gérard Baste me mène donc vers une interview du-dit Prince Gérard. Rien de plus banal, me dis-je. Mais c'est à ce moment-là que je fus frappé par LA vérité sur Babaste. Un peu comme dans Le Temple Maudit, où Indiana Jones, croyant s'offrir une bonne partie de jambes en l'air avec la chanteuse, se retrouve en train de patauger au milieu des cafards et des scolopendres.
L'aventure est partout, il faut toujours être prêt.



      Car en réalité, Gérard Baste ne s'appelle pas vraiment Gérard Baste. Tout comme le chanteur Carlos ne s'appelait pas vraiment Carlos. Moi qui croyais depuis cinq ans que ce mec avait le nom le plus cool du monde, quelle ne fut pas ma surprise en apprenant que Baste était en fait son "graff" d'ancien taggueur, et qu'il avait choisi Gérard pour l'aspect mythologique du prénom.
"La plus belle moustache du rap français depuis Diam's" ne s'appelle donc pas Gérard Baste. Choqué, fauché, pris au vif, je m'évanouis.



Dans le semi-coma dans lequel cette nouvelle m'avait plongé, je repassais dans ma tête tous les moments où écoutant le Svinkels, je me disais que décidément Gérard Baste était le français le plus cool de la Terre. Je me rappelais de toutes les discussions de soirée où j'exprimais avec passion mon admiration pour le Prince Gérard.

Heureusement, Gédéon n'étant pas loin, il a pu m'apporter les premiers secours, comme on lui avait appris quand il était louveteau. Son haleine de tabac (Gédéon est une des dernières personnes à chiquer) me réveilla aussitôt. Les larmes aux yeux, je me blottis dans son pull en laine de lapin et vide mon sac.
" - Gédéon, Gérard Baste ne s'appelle pas comme ça, en vrai. C'est un pseudonyme.
- Ben ça alors... Et Gérard Holtz, c'est bien son vrai nom à lui? C'est pas un psidonyme aussi?
- Non, Gédéon, non, Gérard Holtz est vraiment Gérard Holtz."



Il m'a fallu deux heures pour que je reprenne complètement mes esprits. Assommé par cette vérité, je suis resté cloué au canapé. De temps en temps, Gédéon me frappait paternellement l'épaule en tentant de me réconforter: "Et Gérard Jugnot, il s'appelle bien comme ça, hein?".

Y'a des samedis comme ça...

Sam 20 jun 2009 Aucun commentaire