Blog 'N' Roll
"Ce qui ne te tue pas te rend plus fort": cette phrase de Nietzsche résonna longtemps dans ma tête comme une sorte de citation de
consolation. C'est la phrase que répétaient sempiternellement mes parents quand je pleurais d'une piqûre de moustique, ce que répétaient mes potes après mes nombreux rateaux publics, etc. J'en
venais à me demander si cette phrase n'avait pas été inventée de toutes pièces par le Club Dorothée pour nous aider à sécher nos larmes d'enfants gâtés.
En fait non, cette phrase a depuis hier trouvé une nouvelle résonnance dans mon esprit. Suffocant et blême quand a sonné l'heure du réveil hier matin, j'ai passé la journée avec une poche de
glace sur la joue droite, ma dent de sagesse dans la main, en gémissant de temps en temps histoire de me faire plaindre un peu. J'avais perdu une dent à laquelle je tenais, et qui ne reviendrait
plus jamais dans ma bouche. Sordide destinée que la mienne, me dis-je alors que je zappais frénétiquement sur les chaînes sportives. J'allais me coucher la mort dans l'âme, en espérant
des jours meilleurs.
"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort", après tout.
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Au réveil, il était huit heures du matin.
En vacances pourtant depuis plus d'un mois, voilà que maintenant, le 28 juillet, je me lève aux aurores. Je pensais au début être réveillé par une envie de pisser ou de boire, mais pas du tout:
voilà que je me levais à huit heures comme si j'avais terminé ma nuit. Les yeux même pas crottés, l'haleine encore fraîche de bains de bouche d'Eludril, je n'eus même pas besoin de prendre une
douche. J'étais peut-être vraiment devenu plus fort, il fallait que j'en ai le coeur net.
Pour la première fois en plus de vingt ans, le pot de confiotte ne me résista pas, et je n'ai même pas renversé la moitié de mon café sur le journal (ce que je fais habituellement pour bien
me réveiller). J'examinais alors avec attention mon corps, et tous les nouveaux muscles que je voyais s'agiter partout sur mon torse: mes abdos en Nutella s'étaient transformés en
vraies tablettes de chocolat. Je ne crachais plus de sang, signe que le trou dans le fond de ma bouche s'était rebouché comme par magie. Mes cheveux avaient poussé, et formaient une longue et
puissante crinière qui chatouillait mes puissantes épaules. Dans le verre d'eau oxygénée où j'avais plongé ma dent, une auréole dorée brillait: non je n'étais pas tué, oui j'étais rendu plus
fort. Grâce au dentiste, grâce au courage dont j'avais fait preuve, j'étais devenu super costaud, super résistant, super immortel.
Comme un enfant qui découvre un nouveau jouet, j'ai décidé d'aller tester ma force dehors. Dans la rue, je m'amusais à soulever les voitures, à me
battre avec le rottweiler du voisin ou à trancher les chênes centenaires du parc à mains nues. Pour pousser le bouchon encore plus loin, je suis allé sonner chez Jean-Claude, le gamin
qui me faisait tant de misères quand j'étais petit. Ebahi par mon corps d'athlète, il mit un certain temps avant de s'apercevoir que oui, j'étais en train d'essayer de le noyer dans le
caniveau sur la place du marché.
Je courrais vite, mes sens étaient surdéveloppés et je sentais bon: j'étais vraiment devenu un superhéros, comme j'avais toujours rêvé. Il ne me restait plus
qu'à me trouver un uniforme avec un masque et une super cape qui vole au vent pendant que je mets des tatanes dans la gueule des méchants. Ainsi, je pourrais défendre moi aussi la veuve et
l'orphelin, sortir en loucedé avec une journaliste super bonne qui écrira des articles de feu sur moi. Dans quelques années, on fera de mes exploits des bandes dessinées, et peut-être même des
films avec Jean Dujardin.
Dire qu'il me reste encore une dent de sagesse en haut à gauche, j'ai hâte de voir ma prochaine mutation...
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Bon, en fait, au réveil, il était 7h30.
A cause de ce trou à la con dans ma bouche de merde, je n'ai pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit. Je m'étais pourtant shooté toute la journée au Doliprane, et je m'appliquais à manger en
penchant ma tête vers la gauche, pour éviter de mâchouiller le trou béant à droite, je n'ai pas pu éviter l'inévitable. Ca me donne mal à la tête, ça m'énerve, et si on me touche, je pleure.
"Ce qui ne te tue pas te rend plus fort", tu parles! "Ce qui ne te tue pas te fait quand même mal", ouais!