Blog 'N' Roll
Découvrir et apprécier la vie parisienne n'est pas une chose facile quand on a toujours vécu dans le Sud. S'adapter à la vie parisienne est encore plus
difficile quand on a 82 ans. Comme vous pouvez vous en douter, Gédéon a le blues. Il se sent comme "un olivier qu'on aurait
déraciné pour le mettre place de l'Etoile".Quand Gédéon va mal, ça se remarque tout de suite: il passe la journée en marcel, et se ronge les ongles des pieds devant Chasse & Pêche jusqu'à 5h du matin. Fini le bon Gédéon qui se levait tôt pour préparer le petit déj', fini le Gédéon rigolard qui picolait de la "Villageoise" comme un gamin tête un biberon. Il est temps d'agir.
"Qu'est-ce qui te ferait plaisir, mon Gédéon?", je lui demande sans arrêt. Gédéon ne répond jamais, renifle bruyamment avant de me tourner le dos. Parfois, il se comporte comme un vrai gamin, c'est énervant, mais c'est aussi pour ça que je l'aime, mon Gédéon. "Ne renifle pas comme un taureau, mon Gédéon. Mouche-toi", je lui lance alors pour détendre l'atmosphère. En retour, Gédéon pète. La situation est grave, il faut vraiment trouver quelque chose pour remonter le moral de Gédéon, sinon il va nous faire une déprime.
Heureusement à Paris, il y a toujours quelque chose à faire ou à voir. C'est le moment de débusquer Gédéon pour lui faire découvrir la vie parisienne. Ca tombe bien, puisque ce week-end, c'est les journées du patrimoine. Et vous vous doutez bien qu'à Paris, il y a beaucoup de patrimoines. Il s'agit donc d'en trouver un qui colle parfaitement aux attentes de mon Gédéon, où il se sentirait à l'aise, et retrouverait ses yeux d'enfant émerveillé: Le Moulin Rouge.
Sceptique au début ("pas question que j'aille visiter une merde de fabrique à farine") Gédéon y a retrouvé l'ambiance des soirées
dansantes d'antan. Et en plus au Moulin Rouge, on peut payer en anciens francs si on le désire. Gédéon se déride.Entrée gratuite, apéro, cadre superbe, jeunes filles en plumes: Gédéon commence à se détendre. "Ca me rappelle 1956, quand des danseuses de revue étaient venues au village". Gédéon se laisse enfin aller, et esquisse même quelques jetés de jambes quand Samantha, au Moulin Rouge depuis quatre ans, lui propose en battant des cils et en mettant sa main légère et gracieuse sur l'échine du bienheureux. Je crois bien que s'il avait pu, Gédéon aurait eu une érection.
Les danseuses ont tout de suite adopté Gédéon et
son franc-parler. Son charme du terroir ne laisse pas indifférent, ça le rassure. Symbole du vintage à la française, il apparaît finalement normal que Le Moulin Rouge accueille à bras ouverts ce
qui se fait de plus vintage en France. Autour de quelques ballons de rouge "pas dégueu" comme dit Gédéon, mon cher petit vieux retrouve peu à peu des couleurs.Il essaie même quelques approches de drague auprès de Samantha, sans véritable succès, car Samantha n'a pas le Minitel. Gédéon est déçu, mais promet de lui écrire sitôt rentré.
Sur le chemin du retour, Gédéon a eu cette phrase remplie de joie et d'espoir: "Demain, tu m'emmènes chez Damart. Il me faut une nouvelle garde-robe de parigot". Les larmes aux yeux, content d'avoir retrouvé mon Gédéon, j'ai dit oui.
Ven 18 sep 2009
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