Blog 'N' Roll

       Ce qui est agréable à Paris, c'est parfois de sortir de la foule-qui-marche-tout-le-temps pour boire un café en terrasse. C'est ce que nous envie le monde entier: nos terrasses bien françaises. Assis à une terrasse, on quitte le temps d'un café notre rôle de passant actif pour devenir spectateur des autres passants. Ceux qui aiment s'asseoir à une terrasse pour regarder les autres passer savent que ça n'a pas de prix. Alors oui, l'espace d'un instant, je me suis gentiement moqué d'une maman qui traînait son gamin à l'école, et j'ai ri avec tendresse d'un apprenti golden-boy à la mèche parfaite, au sourire parfait, mais à la braguette ouverte.

Quand soudain...



      On entend ses talons claquer de loin. A l'oreille, on peut penser qu'elle est pressée, tant la cadence de ses pas est soutenue. Attiré par ce bruit qui se rapproche et s'accélère, on pose son café, et on tourne sa tête en direction du bruit. Au début, même en plissant les yeux, on ne voit rien. Et puis, sortant de la masse de gens qui arpente quotidiennement l'asphalte parisien, on aperçoit tout d'abord une silhouette. A son passage, la foule semble s'écarter inconsciemment. Tout le monde la mate, et elle le sait, puisqu'elle est parisienne.

     Comme elle s'approche rapidement, il faut réagir vite, et ne pas se laisser absorber par son déhanché qui envoie balader son ceinturon Vuitton à gauche, puis à droite, puis à gauche, puis encore à droite, et encore à gauche. Il faut bien mobiliser ses esprits, se redresser sur sa chaise, passer la main dans ses cheveux, réajuster le col de sa veste et adopter un regard charmeur et charmant. Son jean serré (mais pas slim) met scandaleusement en valeur ses jambes galbées par la marche sur les Champs-Elysées, et son chemisier entr'ouvert laisse entrevoir quelques millimètres de peau. Elle nous paraît comme l'incarnation de l'élégance à la française. Sur le coup on se racle nerveusement la gorge, mais on tente de rester droit et élégant, car elle n'est plus qu'à cinq mètres.



     A cette distance, on peut très distinctement voir les traits fins de son visage, admirer le grain de sa peau et  rêver en voyant flotter dans l'air ses fins cheveux bruns qui rebondissent sur ses épaules. On essaie alors de capter son regard, en jouant un maximum des sourcils. Seulement, comme elle porte des Ray-Ban Aviator, impossible de voir ses yeux, de savoir où regarder et de savoir si elle vous regarde. Du coup, on se re-passe la main dans les cheveux, on re-réajuste le col de sa veste, et on adopte un regard encore plus charmeur et encore plus charmant capable de percer ses lunettes réfléchissantes et son coeur.


    Elle passe devant nous sans même nous voir en laissant dans l'air un léger parfum floral.

    Alors il ne nous reste plus qu'une chose à faire: mater son cul.


Mar 29 sep 2009 1 commentaire
De Baudelaire aux "Poupées Russes", même scène... J'espère que t'as vu le film.
Val - le 21/04/2010 à 14h40