Blog 'N' Roll

     La vie moderne est faite de choix: thé ou café, à droite ou à gauche, pastis ou casanis. Avec un peu de recul, quand on pense la vie de façon macroscopique, ça fout  le vertige, car on se dit que le moindre petit choix qu'on a pu faire, même dès notre plus jeune âge, peut déterminer toute une série de conséquences plus ou moins satisfaisantes. Comme on ne peut jamais savoir le "Qu'est-ce-qui-se-serait-passé-si?", on devient prudent, essayant de peser le pour et le contre sans arrêt.
      Du coup, on s'en veut de ne pas être assez spontané et de ne pas se laisser plus aller par ses instincts (après tout encore une fois, nous ne sommes qu'une espèce animale). Entre désir de prudence et voeu de spontanéité, on devient frustré, voire fou.


      Quand j'étais gamin, pour ma première boum du samedi après-midi en 6ème, j'ai refusé en rougissant de danser le slow avec la petite Caroline. Maintenant, je me dis que si j'avais pris mon courage à deux mains pour les poser sur les hanches de la petite Caroline sur I will always love you de Whitney Houston, beaucoup de choses auraient peut-être changé.
J'aurais alors pris le train de l'adolescence comme tout le monde, au lieu d'attendre le suivant, tout seul comme un con. J'aurais alors eu une première expérience du slow, ce qui m'aurait permis d'être un peu moins minable la fois d'après, etc. Et qui sait, peut-être que la petite Caroline serait à côté de moi
en ce moment-même, me passant la main dans les cheveux en train de me dire: "Comment tu fais pour te souvenir de ça?".


C'est ce qu'on appelle l'effet papillon, quand la plus infime variation au départ peut entraîner d'énormes conséquences.


          Ce matin, si je n'avais pas voulu lire jusqu'au bout l'article des Inrocks sur le dernier album de Scarlett Johansson, je serais parti à temps de chez moi. Je n'aurais pas raté le métro de 20 secondes. Je ne serais pas arrivé au RER alors que celui-ci venait de fermer ses portes. Du coup, j'aurais pris le bon bus, celui de 7h, et pas celui de 7h30 qui s'est encastré dans les bouchons. Je serais donc arrivé à l'heure, sans m'être auto-énervé sur le fait de rester coincé dans un bus qui n'avance pas.
Ces vingt secondes qui s'étaient finalement transformées en vingt minutes, je les ai senties et maudites toute la journée comme une claque qui va et revient.
Je suis donc arrivé à destination très en retard, énervé et excédé.

      Une fois que les choses sont enclenchées, on ne peut plus rien faire. Un peu comme quand on se trouve emporté par la mauvaise vague: rien ne sert de nager à contre-courant. Si je n'avais pas lu cet article jusqu'à la fin, je serais arrivé à l'heure au RER, puis au bus. J'aurais alors pu continuer, comme je le fais tous les matins, à sourire à la brune qui prend systématiquement le bus de 7h, et pas celui de 7h30.
Je serais arrivé à l'heure, frais et dispo.


    Con de papillon.


   
Mer 7 oct 2009 Aucun commentaire