Blog 'N' Roll

      Quand on est en vacances, l'univers des possibles s'ouvre à nous. Généralement, les premiers jours de vacances, on en profite pour faire ce qu'on ne peut jamais faire quand on bosse: enchaîner au moins deux grasses matinées d'affilée. Le top dans ces moments-là, c'est quand il pleut des cordes, qu'il neige, qu'il vente, bref: qu'il fait un temps à pas mettre un chat dehors. Sur le coup, vous bénissez vos vacances.
   
     Pendant que vous regardez avec compassion les gens partir bosser le chapeau enfoncé jusqu'au nez et l'écharpe remontée jusqu'aux sourcils, vous vous félicitez de ne pas avoir à bouger. Vos projets: regarder des divx de Steven Seagal, ramper sur le parquet en faisant des mots-fléchés, jouer encore une fois avec vos pieds.
Le problème (parce qu'il y en a forcément un), c'est quand il fait beau. Pour le coup, vous êtes bien obligé de sortir votre petit cul dehors, histoire de pas avoir l'impression d'être une grosse loque. Alors vous prenez votre mal en patience et vous sortez, en espérant qu'il fera un temps de chiotte au moins une fois pendant les vacances, car les divx de Steven Seagal, ils vont pas se regarder tout seuls.



Quand je suis sorti du métro, finalement, j'ai été ravi d'avoir bougé. Emporté par un élan nouveau, avide de curiosité et de connaissance, je me suis lancé à l'assaut.




      Ce qui est super quand on est prof, au-delà du fait d'avoir des vacances un peu tout le temps, c'est qu'on a accès gratuit dans les musées nationaux. Ca, c'est ce qu'on appelle la super classe, parce que si ça vous chante, rien que pour le fun, vous pouvez entrer au Louvre rien que pour pisser un coup. Direction le musée d'Orsay, rien que pour voir quelques toiles.


    Ce qui m'intéressait le plus, c'était de voir quelques toiles incontournables. Parce que je me la pète un peu, je n'ai passé qu'une heure dans l'exposition permanente, juste pour admirer le Déjeuner sur l'herbe et surtout surtout l'autoportrait de Courbet en homme blessé. Et aussi, accessoirement, voir en vrai l'Origine du Monde, mais alors rien que pour le fun.
     Je ne me sentais pas de faire tous les étages, alors je ne me suis pas forcé. C'est la puissance de la gratuité. Pour m'endormir moins con ce soir, et parce que je trouvais les affiches jolies, je suis quand même allé voir les deux expos ponctuelles. Je passe sur James Ensor, parce que je ne suis pas assez calé en peinture pour en disserter pertinemment pendant deux pages. Juste signaler que c'était un belge qui peignait des trucs marrants (une raie, une femme qui mange des huîtres) avec des couleurs plutôt chatoyantes, et qui avait une super collection de masques.

 

      En revanche, la deuxième expo m'a vraiment passionné: "Art Nouveau Revival", que ça s'appelait, ou comment l'Art Nouveau des années 30 s'était réincarné dans le mouvement psychédélique des années 60-70. Pourtant, je me méfie des musées qui sortent des expos genre "djeun's": après la déception de l'expo Tarzan au Quai Branly, j'étais vraiment frileux. Mais bon, comme c'était gratuit... Alors là, je me suis bien éclaté: plusieurs salles à thèmes qui expliquaient la progression de cet Art Nouveau, du surréalisme de Breton et Dali aux pochettes de disques d'Herbert Léonard et des Grateful Dead (si si si).

      
       Rapidement, et parce que je suis tout fier de moi d'avoir compris: avant la primauté était plutôt à l'orthogonale, avec des normes et des lignes fixes, en peinture comme en écriture. Avec le surréalisme et l'exploration de la pensée et tout ça, on en est venu à des dimensions plus organiques et proches de l'inconscient pour "rentrer" dans les choses au lieu de rester en surface (cf: le mou chez Dali, l'écriture automatique chez Breton, etc) puisqu'on essayait de toucher à la physiologie humaine (révéler et comprendre ce qu'on a dedans de nous). Du coup, on a fait des trucs avec des formes arrondies, des couleurs qui pètent, parce que ça parle à l'inconscient et que ça reproduit l'effet organique de l'esprit et de tous ses méandres.
      C'est comme ça qu'on est arrivé au psychédélisme (psychédélein en grec: "réveler l'âme"), période où tout le monde fumait tout plein de pétards et prenait du LSD, où tout le monde voulait libérer tout le monde. Du coup, en même temps que le cul, on a aussi libéré les formes, les couleurs, et on a sorti l'écriture des normes en la faisant gondoler, l'amolissant, bref: en la fondant avec le reste. Voulant surfer sur cette mouvance, même des mecs comme Johnny Hallyday ou Herbert Léonard ont utilisé cela pour designer leurs pochettes d'albums (que l'on peut voir dans l'expo parmi d'autres curiosités psychés). Planant, non?


Malheureusement, on ne pouvait pas prendre de photos dans les salles... Seulement des quelques objets exposés sur le passage, comme par exemple ce super canapé multi-places, désigné par Verner Panton, designer danois branché/psyché qui ne devait pas boire que du lait, comme on peut facilement le deviner (ça fait beaucoup de "é"):



Un véritable appel à la sieste. Cool, non?



Mer 28 oct 2009 Aucun commentaire