Blog 'N' Roll

    
        En ces temps de crise, dur d'avoir le moral. Si ça continue comme ça, on en viendra même à économiser la monnaie de la boulangerie pour pouvoir payer les factures. Il est loin le temps de la jovialité décomplexée, du temps des fleurs et du paquet de clopes à 2,50€.
Bien heureusement, l'Homme a toujours un tour dans son sac. Après tout, il a survécu aux mammouths, c'est pas une petite crise qui va lui casser les pattes. Alors, quelle solution a-t-il trouvée pour dérider nos visages figés par la récession? Quelle idée a bien pu surgir de son cerveau pour qu'enfin, on puisse se sentir à nouveau importants, au centre du monde, riches?



        Au départ, l'Happy Hour désigne ce moment de la journée où, après le boulot, les travailleurs se retrouvent autour de quelques verres, afin de se bourrer un peu la gueule histoire d'oublier la journée passée. Malmenée ces derniers temps en France l'Happy Hour est pratiquement devenue la dernière solution anti-crise (avec les soldes): boire à moitié prix, mais deux fois plus, qu'importe, du moment qu'on peut sortir le soir sans manger des patates à l'eau tout le reste de la semaine.


   
        Devenue un moment de nécessité publique, l'Happy Hour nous permet donc d'oublier la crise, au moins pendant deux heures. Cela va même un peu plus loin: pendant l'Happy Hour, on devient super riches (en tout cas c'est l'impression qu'on a). A 4€ la pinte, on est étonné d'avoir toujours assez de monnaies dans la poche pour en remettre un coup. La récession économique n'existe plus quand on a 3g d'alcool dans le sang et qu'on vient de recommander une tournée. Rien qu'à cette idée, on danse (mal) en attendant sa commande.



        Comme pendant l'Happy Hour, on fait plus d'aller-retour au bar qu'en temps normal (boire deux fois plus = commander deux fois plus, logique), on sympathise plus rapidement avec le patron. Au bout de quelques trajets, on a le sentiment de faire partir des meubles, des VIP du bar quand le barman nous dit "la même chose?" alors qu'on n'a pas encore ouvert la bouche. Avoir la sympathie du barman, ou du patron, ça fait chaud au coeur. C'est tout, mais c'est déjà ça, parce que c'est toujours bon de se sentir aimé dans un monde glacé par la crise...


    
      Faire la fête à moitié-prix: c'est bien. Serrer la main de tout le monde parce que quand on est 3g, on aime tout le monde: c'est super aussi. Mais ça ne s'arrête pas là. Parce qu'en plus de l'Happy Hour, l'Homme a trouvé encore mieux pour nous faire oublier la crise: le photographe de bars. Métier absolument génial pour remonter notre moral abattu, le photographe de bars, c'est un peu comme le paparazzi des gens pas connus. Alors quand il se présente à nous pour nous prendre en photo, on se sent tout de suite comme une star (parce qu'on est, je le répète, à 3g).



        Généralement, le photographe de bars s'arrange toujours pour que vous posiez comme un vrai people: en faisant un clin d'oeil, en s'entourant de trois bombes ou de trois potes (suivant disponibilités), ou bien en levant son verre (ou sa bouteille, suivant les moyens). Sur ses photos, on est toujours super beaux, parce que les photographes de bars ont des objectifs spéciaux qui font qu'on n'a jamais les yeux rouges, et qu'on n'est jamais flou.
Le photographe de bars, c'est l'ultime personne qui rend votre soirée encore plus magique: vous avez festoyé-discount et en plus on vous a pris en photo. Si ça, c'est pas la classe.



    Grâce à l'Happy Hour et à ses photographes de bars, vous avez passé une soirée bien loin de la hausse des prix et de la baisse du pouvoir d'achat. Quand vous rentrez chez vous, vous vous couchez avec des étoiles plein les yeux, encore émerveillé d'avoir passé une soirée dans la peau d'une star qui boit sans compter et en plus se fait prendre en photo par des inconnus. Au lever, l'Happy Hour s'est mutée en Happy-gueule de bois. Encore heureux d'avoir tout donné la veille, vous allez sur le site internet du photographe de bars. Là, vous vous prenez la tête dans les mains en regardant les clichés: vous êtiez vraiment à 3g, on le voit très bien sur les photos. Après tout, la célébrité, ça va, ça vient.





    
Dim 15 nov 2009 1 commentaire
Le pire, c'est le lendemain matin, quand tu retrouves tous les tickets de carte bancaire, froissés et jetés en vrai dans ta poche ou ton sac à main. Là, tu as mal...
mado - le 16/11/2009 à 10h16