Blog 'N' Roll
L'apprentissage de la vie commence très jeune. On apprend dès notre naissance à devenir un Homme plus tard. En fait, l'enfance, c'est le CFA de la masculinité. Et encore, tout ça se fait de façon soft par rapport à y'a quelques temps. Ben oui, gardons à l'esprit qu'à l'Antiquité, on envoyait les gamins de 14 ans dans la forêt avec pour seules armes un slip propre, une pierre qui pique et un Nuts (enfin, l'ancêtre du Nuts). Ceux qui revenaient pouvaient alors être considérés comme des hommes. Malheureusement, depuis, il y a eu la charte des droits de l'enfant, alors il a fallu trouvé autre chose.
Etre enfant, c'est connaître un monde très restreint: les jupes de maman. Pour preuve: perdez un gamin dans un centre commercial, et vous l'entendrez hurler à des kilomètres à la ronde. Alors les parents ont trouvé la parade pour faire d'une pierre deux coups: le voyage scolaire. Oui, après tout, comme disait un gars qui voulait se débarasser de ses gosses: "Les voyages forment la jeunesse". Remember.
B.O. facultative
Quand on a proposé à mes parents mon premier voyage scolaire, j'ai tout de suite pensé que c'était une super idée. Eux étaient étonnés, pensant que je
ne supporterais pas une semaine sans mon pyjama plié sous l'oreiller. Non ils ne me manqueraient pas, et au pire, ben je les appellerais tous les jours après le repas du midi. Ou du soir. Ou
des deux. On verrait bien.
Non, ce premier voyage scolaire, c'était une bénédiction: enfin une petite occasion de dépasser le cadre de l'école et donc de me rapprocher de Magali,
qui ignorait jusqu'à présent les dessins d'amour que je lui faisais passer. Si le coup de foudre ne fonctionnait pas, je pouvais compter sur la semaine de vacances pour l'avoir à l'usure. Après
tout, quand on devient un Homme, on apprend à avoir ce qu'on veut.
C'est donc le coeur enjoué et la tête pleine de promesses que je montais dans le bus, prêt à montrer au monde que j'étais capable de couper mon steak-haché tout seul. Dans le bus, j'essayais de mettre toutes les chances de mon côté: n'oublions pas que survivre, c'est avant tout survivre aux autres. Dans la hiérarchie des mecs-cools-qui-seront-bientôt-des-hommes, j'avais décidé de me placer au top, c'est-à-dire au fond du car.
Etre au fond du car, c'était comme un symbole de ma virilité naissante: l'instituteur était loin devant, je faisais partie des patrons du fond. En plus on avait une bonne vue sur
ce qui se passait: comme un symbole, le rang du fond dans un bus est toujours surélevé. Je m'engageais donc sur l'autoroute de l'Homme-attitude, l'horizon était dégagé, j'étais prêt à passer la
seconde: Magali ne résisterait pas longtemps à l'éclosion de ma force brute.
C'est au carrefour avant le péage que tout a basculé. Voulant entrer dans le cercle très fermé des mecs-qui-se-mettent-des-lattes-sans-avoir-mal, je me lançais dans un concours avec les autres gars du fond. J'oublais ma peur, la douleur, et que je faisais 30 kg tout mouillé. Ca aurait pu passer si au moment de recevoir ma première droite dans l'épaule, le bus n'était pas passé sur un dos d'âne. Le poing de Gros-Benja a ripé et a éclaté mon nez et mes lunettes.
Heureusement, on peut encore faire demi-tour. On va te ramener. Arrête de pleurer. C'est ce qu'a dit l'instituteur, alors que je tentais vainement de retenir mes larmes honteuses de défaite. Mon premier voyage scolaire prenait fin après trente minutes. Mes rêves de gloire et de bonheur avec Magali s'envolaient, et accessoirement, je devrai attendre plus longtemps avant de découvrir Barcelone. Comme si ça ne suffisait pas, j'ai appris plus tard que Gros-Benja avait roulé sa première pelle à Magali, qui avait pris ma place dans le fond du bus.
(soupirs)
Fichtre, j'y étais presque...
(soupirs)
Mar 17 nov 2009
Aucun commentaire