Blog 'N' Roll

    La politique est une chose compliquée. Heureusement, certains hommes sont là pour nous expliquer le pourquoi du comment, et arrivent à le faire de manière assez ludique pour qu'on puisse s'y intéresser.
    Pierre Billon est l'un d'entre eux. Ancien pote de Michel Sardou, puis compositeur pour Johnny, Pierre Billon est LE buzz vintage de la semaine pour tout bon internaute qui se respecte. Le visionnage de son clip-phare, La Bamba Triste, laisse le spectateur perplexe, confronté à sa propre notion du bon goût. Mais en réalité, derrière cette apparence de légèreté, une lecture acerbe du monde pendant les années 80 se dessine.

Plus qu'un troubadour du temps jadis, Pierre Billon est un projecteur braqué sur les incohérences du monde.


Décryptage.




La Bamba Triste ou La Guerre Froide expliquée avec des moustaches



A l'époque où Pierre Billon tourne le clip de la Bamba Triste, nous sommes encore en pleine guerre froide, opposant USA et URSS, qui se partagent alors le contrôle du monde connu.
Pierre Billon, tête brûlée et chanteur à texte, nous en fait une parabole engagée:


    Le premier plan du clip est un  plan large, sur lequel nous pouvons vaguement distinguer la silhouette d'un homme en survet' en coton.
 Mais ce qui est important de comprendre dans cette première image, c'est le décor. Regardez attentivement. Au premier plan: un chalet, de la neige, un sapin. A l'arrière plan: des immeubles. Nous sommes bien dans une forêt en plein milieu d'un quartier un peu pourri. N'allez pas croire que c'est par manque de moyens, ce serait mal connaître Pierre Billon. Car ce qu'il veut nous faire comprendre dès les premières images, c'est le contraste, l'opposition entre deux styles de vie: la nature sous la neige VS la vie en ville, l'état sauvage Russe VS la civilisation américaine.


Zoom.


    Ca y est, voilà Pierre. Survet' USA, bandeau dans les cheveux, moustaches, tout y est. Ce que Pierre veut nous montrer, c'est bien entendu un homme qui claque des doigts. Tel le métronome de la guerre qui progresse implaquablement, Pierre marque la mesure d'un claquement de doigts rageur, appuyé par une montée du genou: la violence du langage corporel contraste avec le côté chaloupé coupé/décalé de la mélodie, la métaphore filée du contraste chaud/froid se poursuit. Je ne m'attarde pas sur les paroles qui, définitivement, soutiennent l'opposition qu'on ne peut pas être joyeux comme une Bamba, et en même temps Triste comme la tristesse.


Le décor est planté, le personnage en place: les intentions sont claires.


    Au milieu du clip, Pierre ramasse de la neige. Ce geste à priori anodin est en réalité bien plus que cela. Homme du Monde au tempérament chaud et viril (moustaches + poils, CQFD), en prenant de la neige, Pierre illustre l'impossible union de deux puissances trop opposées pour se compléter: chaleur et vivacité américaine ou froideur russe? Pierre, vestimentairement en tout cas, semble avoir fait son choix.



     Pierre redouble d'efforts alors que la chanson bat son plein. Tiraillé entre deux modes de vie, entre le feu et la neige, Pierre a choisi: ce sera l'impérialisme à l'américaine sauce Barbecue plutôt que le Tsarisme-tartare. Position engagée à l'époque, mais Pierre s'en fout: il n'a pas peur des représailles du PCF de George Marchais.
Plus que cela, Pierre provoque, en tapant dans ses mains à contre-temps, comme si malgré toute sa volonté, il n'était que français.


Peu importe, Pierre a un message à délivrer, et prend des poses pédagogiques:


"Attention aux russes les enfants!"




"Vous m'avez bien entendu?"











     Clou de la démonstration: Pierre se met en maillot de bain noir, car il porte le deuil d'une civilisation en guerre alors qu'on est fait pour s'aimer.
Bien qu'ayant choisi son camp, Pierre nous apprend que se faire la guerre ne sert à rien, puisque la planète est bien assez grande, et que, grâce aux américains, on pourra bientôt vivre sur la lune (nous sommes dans les années 80 ne l'oublions pas).
     Comme un symbole de l'impossible réunion, Pierre et son slip noir préfèrent terminer en beauté et apporter une lueur d'espoir: tenter de réconcilier le chaud et le froid, le feu et la neige, l'USA et l'URSS, en effectuant un plongeon.
Seulement, Pierre plonge (mal) à pic, dans une piscine d'1m30 de profondeur. L'issue est inévitable.
Tout se termine dans un nuage de fumée, opaque comme un voile d'incompréhension. Comme si Roméo et Juliette ne formaient qu'une seule et même personne.

 Engagé et romantique, Pierre est bien français.



Vous ne regarderez plus ce clip de la même façon:


Mer 2 déc 2009 Aucun commentaire