Blog 'N' Roll
En
grec, moustaki signifie "lèvre supérieure", ce qui a donné en français le mot "moustache", du nom de la touffe de poils qui pousse sur nos lèvres supérieures, à nous les hommes,
mais aussi à quelques femmes chanceuses. La moustache qui pousse marque l'entrée dans le monde adulte, dans une symphonie capillaire qui s'étend sur tout le corps humain, des mains aux mollets,
en passant par le torse et le nez.
Quand j'étais gamin, la phrase préférée de mon père
pour me faire comprendre que tel ou tel truc n'était pas de mon âge ou interdit, était "tu feras ça quand t'auras du poil au menton". J'imagine que tout le monde a dû entendre ça au moins une
fois dans sa vie (les filles, un peu moins). La moustaki, c'est une marque de virilité, qui s'accompagne dans l'imaginaire d'une certaine sagesse.Ce qui paraît logique: il faut du temps pour devenir un Sage, mais il faut aussi du temps pour avoir une belle moustache. Donc: on a une moustache quand on est devenu un Sage. C'est pas plus compliqué que ça.
Dans une de ses nombreuses nouvelles sentant bon le machisme et le sarcasme, Maupassant (qui arborait aussi une fière moustache), en 1883, publie un texte vibrant en hommage à la moustaki. Dans "La Moustache", Maupassant se glisse dans la peau d'une femme pour faire l'apologie de la moustache:
"C'est elle qui caresse, qui fait frémir et tressaillir la peau, qui donne aux nerfs cette vibration exquise qui fait pousser ce petit "Ah !" comme si on
avait grand froid. Et sur le cou ! Oui, as-tu jamais senti une moustache sur ton cou ? Cela vous
grise et vous crispe, vous descend dans le dos, vous court au bout des doigts. On se tord, on secoue ses épaules, on renverse la tête ; on voudrait fuir et rester ; c'est adorable et irritant !
Mais que c'est bon !"En gros, porter une moustache, c'était de l'érotisme à l'état pur, un hommage à l'amour charnel, la perfection au masculin à portée d'un coup de Gillette. En lisant la moustache d'un homme, qu'elle soit fine, élégante ou bien touffue et tombante, on avait immédiatement accès à la personnalité de son propriétaire. Malheureusement, l'histoire du poil a voulu que peu à peu, on le récuse et le renie, que ce soit sur la lèvre d'un homme ou sous les aisselles d'une femme. Peut-être pour des questions d'hygiène, allez savoir.
Du coup, avec toutes ces guerres et ces modes, la
moustaki est passée du stade d'accessoire indispensable à l'Homme du Monde au rang de fantaisie has-been. A partir des années 60, il n'y avait bien que Dali et le motard des Village
People pour porter de belles moustaches distinctives.Si le premier a laissé son empreinte surréaliste avec sa moustache qui défiait la gravi
té, il faut bien noter (rapidement), que la moustaki de
compétition du plus velu des Village People renouait inconsciemment avec la définition de la moustache version Maupassant, à savoir un érotisme exarcerbé à la limite de
l'interdit sensuel. Si elle fut proscrite par la mode entre les années 20 et les années 60, il ne fallait pas pour autant croire en sa disparition totale (il suffit de taper "cuir moustache" sur
Youtube pour en avoir une preuve en audiorama).
Effet de mode ou
d'anti-mode, la moustache est redevenue ce qu'elle a toujours été. Rendons à César ce qui est à César. Après des années emprisonnée dans la beaufitude, la moustache redevient hype, avec pour
chefs de file et maîtres-penseurs Magnum ou Hulk Hogan. Malgré la parenthèse des années 90 (où la mode était totalement anti-capillaire, à l'image des torses glabres des World's Apart), la
moustache et le poil masculin et viril sont redevenus des must-wear, même pour certaines femmes.
C'est donc au tournant du troisième millénaire, paradoxalement, que la moustache fait son come-back. Hier associée au has-been beauf' ou au Gaulois à casque ailé, la moustaki retrouve
aujourd'hui ses lettres de noblesse, en réapparaissant sur le visage de l'Homme du Monde version 2.0. Vive George Moustaki, et vive la moustache.
Lun 11 jan 2010
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