Blog 'N' Roll
Parfois, l'âme humaine est incapable de se contrôler. Il faut bien avouer que des fois, malgrè les siècles d'humanisme qui
nous précèdent, certaines choses dépassent tout de même notre entendement. Si le langage humain a été inventé pour nous aider à mieux communiquer, il atteint tout de même son point de rupture
dans les cas d'extrême énervements. Dans ces cas-là, on n'a qu'une envie, avoir recours à l'injure ou à l'insulte. Après tout, on n'est pas des saints.
Insulter quelqu'un, c'est avant tout
choquer sa descence. Ben oui, comme ce quelqu'un nous gave profondément, on va chercher à le faire taire en ébourrifant sa bienséance. Pour cela, il y a le "gros mot" qui contrairement à ce qu'on
pourrait penser n'est pas un mot gros, ce qui serait difficile à représenter, mais un mot grossier donc: gros. Heureusement, la langue française fourmille de ces gros mots, grâce à ses origines
moyenâgeuses triviales où on pataugeait plus souvent dans la bouse de bouc que dans les pétales de rose. De cette époque nous sont restés connard, salope, pute, ou
encore merde (le plus utilisé).Se laisser aller à l'insulte, c'est donc bouleverser les conventions béni-oui-oui en cherchant volontairement à choquer, donc à braquer l'interlocuteur qui nous fait chier (pour employer un autre mot issu de l'Ancien Français). D'un autre côté, il est aussi fort soulageant de s'adonner à quelques gros mots bien placés quand le carcan de la société bien pensante se fait trop oppressant.
Seulement, l'âme humaine est pleine de surprise, et on ne cesse de s'étonner jour après jour de la profondeur de sa connerie. Parfois, quand les mots manquent, on est bien content d'avoir aussi un corps qui peut nous servir à communiquer notre agacement.
Ce qui nous amène au bras, puis
au doigt d'honneur, qui sont quasiment semblables.Dans ma tête, à l'époque où je pratiquais le doigt d'honneur abondamment, je m'expliquais ces gestes par une théorie mêlant volontiers sexualité et menace, le bras représentant un phallus hypertrophié, et le majeur étant le plus long des doigts de la main. Pour moi, jeune-adolescent-prépubère-qui-ricane-quand-on-lui-dit-caca, le doigt d'honneur se sous-titrait par un très recherché "Regarde l'honneur que je vais te faire en t'enfonçant ça dans le...". Curieusement (ou pas), cela amusait aussi beaucoup mes congénères-masculins-dont-la-voix-mue.
Comme la majorité des choses que je
m'imaginais de la sexualité à cette époque, j'avais outrageusement tort: en fait, l'histoire du bras d'honneur est bien plus complexe.L'origine la plus communément acceptée remonte à la guerre de Cent Ans, quand les Anglais nous ont foutu une mémorable dérouillée. Les Anglais nous avaient ainsi éclatés grâce à leurs arcs surpuissants qu'ils maniaient avec l'index et le majeur. Pour nous narguer du haut de leurs tours, les archers anglais brandissaient fièrement ces deux doigts l'air de dire "regarder ce qu'on va encore vous mettre à la guéguerre".
Nerveux qu'on était, en cas de capture, on leur coupait ces deux doigts. Fallait pas nous chercher.
Du coup, brandir les deux doigts dos de la main vers l'insulté (seulement en Angleterre), puis uniquement le majeur (parce qu'il est pratique ce doigt) est devenu un signe de provocation. Et qu'est-ce-que la provocation si ce n'est chercher à bouleverser le bon esprit de l'emmerdeur. CQFD.
Lun 25 jan 2010
2 commentaires
Quelle démonstration brillante et fort bien documentée. :)
Agathe - le 26/01/2010 à 03h02
Merci Agathe, c'est grâce à ma passion pour les insultes :)
Nico
Je suis bien contente d'apprendre ça moi.Même si ce geste ne m'est pas familier.En revanche,les ptites insultes spontannées:j'adore.
agnesp - le 26/01/2010 à 13h44
C'est vrai que le doigt d'honneur est bien trop ostentatoire alors qu'on peut toujours trouver de subtiles insultes.
Nico