Blog 'N' Roll

images-copie-46.jpg L'être humain est fait d'obsessions. Parmi ces obsessions, le besoin de tout contrôler, de tout gérer, de la Terre à la Lune et de fond en comble. Pour assouvir ce besoin insatiable, l'Homme range. Il range bien comme il faut, comme il aime, et éprouve une excitante sensation de pouvoir en empilant des trucs ou en en classant d'autre.
Mais s'il est devenu le maître du monde, ce n'est pas en triant des caleçons par taille ou par couleur.



images-copie-47.jpg    Une fois la chambre nickel et la maison clean, qu'il est devenu le maître des lieux, l'Homme est sorti de chez lui et a décidé d'excercer son pouvoir sur la Nature entière, putain c'est génial tout est rangeable. Quand il est arrivé aux Etats-Unis, par exemple, c'était le kiff total. La bave aux lèvres devant toute cette nature sauvage à ranger, il a pris ses plus beaux crayons et a dessiné de belles villes toute en lignes droites et en angles droits. De vraies grilles de mots fléchés, il n'y avait plus qu'à mettre un garage par ici, un hôtel par-là, deux ou trois réverbères et le tour était joué.




images-copie-48.jpg     Ranger, c'est donc mettre de l'ordre. On met de l'ordre en organisant, et on organise par la ligne droite et l'angle à 90°. Cela dit, si l'homme réussit à faire des piles de t-shirt bien rectangulaires, à plier ses chemises et à construire des villes carrées, il y a quelque chose qui résistera encore et toujours à son oeil épris de rangement.

C'est ce qui s'appelle la Malédiction du poster, j'en frissonne.




Triangle_rectangle_abc-copie.jpg     Parce que du coup, une fois qu'on a tout bien rangé comme il faut, qu'on a aligné le canapé avec la table du salon de façon que le tout forme un triangle parfait de l'hypoténuse du meuble télé, on pousse le vice un peu plus loin. on se dit que sur nos murs, ce sera la même, puis c'est la désillusion. Après ces siècles de progrés, ces villes, ces caleçons pliés pile sur la poche kangourou, il y a un truc tout con qui lui résiste et lui fait frôler la crise d'épilepsie: le poster à punaiser.




IMG00090-20100221-1632-copie.jpg      Les punaises à la main, les bras tendus et la langue qui dépasse, on s'applique à mettre nos posters bien droits sur nos murs bien blancs, et ce sans règle graduée, sans niveau, sans rien. Une fois qu'on a bien niqué le papier peint en réajustant quinze fois les punaises, on se recule pour admirer notre travail. C'est à ce moment-là qu'on s'aperçoit que merde, ça penche un peu à gauche, là.

    Armé de patience, on se remet contre le mur, et vas-y que je tire la langue, et vas-y que je me baise les doigts à retirer les punaises que j'avais enfoncées comme une brute, et c'est reparti. Merde, ça penche à droite, là. Et ainsi de suite.
Poster pas droit pas assumé



   Deux solutions s'offrent alors à l'Homme en détresse devant ce poster qui résiste à son besoin d'ordre et de parallélisme. La première consiste à tout arracher et à vomir pour expier cette profonde déception. La deuxième, plus largement usitée, consiste à coller délibérement et visiblement son poster de travers, comme un majeur tendu vers l'absolutisme du rangement bien droit. Il faut faire une force de nos faiblesses, après tout. La vie est ainsi faite, c'est alors qu'on croit tout maîtriser que notre ignorance et nos certitudes nous reviennent en pleine gueule.


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Poster pas droit mais assumé


Dim 21 fév 2010 Aucun commentaire